Terrorisme

Le Liban s'attaque au réseau de financement de l'EIIL

Par Nohad Topalian à Beyrouth

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Les Forces de sécurité intérieure libanaises ont lancé des raids contre plusieurs bureaux de change de Beyrouth les 7 et 8 mars. Ceux-ci sont soupçonnés d'avoir récolté de l'argent pour « l'État islamique en Irak et au Levant ». [Marwan Ibrahim/Al-Mashareq]

Lors de récents raids à Beyrouth , les Forces de sécurité intérieure (FSI) libanaises ont fait fermer des bureaux de change et des entreprises de transfert d'argent suspectés de transférer des fonds vers « l'État islamique en Irak et au Levant » (EIIL).

Un nombre non communiqué de personnes, dont plusieurs Syriens, ont été arrêtées lors des raids les 7 et 8 mars, et les bureaux ont été scellés.

Les détenus – certains rapports parlent de 24 personnes – font actuellement l'objet d'une enquête sous la supervision du juge Danny Zeenni, commissaire adjoint du gouvernement auprès du Tribunal militaire.

Les raids, menés dans les zones de Tariq al-Jadideh, Hamra et Rehab à Beyrouth, faisaient partie des efforts du Liban pour appliquer des lois internationales liées à la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme (ABA/LFT).

Les FSI ont mené ces raids après un mois complet de surveillance des activités de transfert d'argent entre le Liban et la Syrie par le biais de plusieurs bureaux et entreprises dirigés par des individus suspectés d'effectuer des transferts de fonds pour l'EIIL, ont rapporté les médias locaux.

L'argent était déposé illégalement aux bureaux de change et de transfert et envoyé à al-Qalamoun et al-Raqqa en Syrie, ont expliqué des sources de sécurité.

Dans une déclaration du 8 mars, les FSI ont indiqué que les détenus avaient avoué appartenir à des réseaux ayant transféré de grandes quantités d'argent vers des groupes terroristes aux abords d'Arsal, et de là vers al-Qalamoun, en Syrie.

Réglementation de la profession

Les raids ont pris pour cible « des entreprises de change sans licence et des bureaux de services financiers après qu'ils eurent été soupçonnés d'effectuer des transactions financières pour le compte de l'EIIL », a fait savoir Elias Srour, directeur du Syndicat des agents de change.

Ce Syndicat des agents de change soutient les efforts sécuritaires visant à éliminer les entreprises sans licence et celles qui agissent en-dehors du cadre de la loi « car elles portent atteinte à notre réputation et à celle du Liban », a-t-il déclaré à Al-Mashareq.

Ces entités se sont récemment multipliées à cause des retombées de la guerre en Syrie voisine et de l'arrivée massive de réfugiés syriens, a-t-il fait savoir.

Les entreprises libanaises de change « sont agréées par la Banque centrale et se conforment aux lois et aux circulaires publiées par celle-ci », a-t-il précisé.

Les employés de ces entreprises suivent une formation ABA/LFT, a-t-il ajouté, et « nos comptables sont soumis à un contrôle et une surveillance de l'Agent de conformité de la Banque centrale, qui vérifie tous les versements entrants et sortants ».

« Nous avons des programmes pour recouper les noms qui sont régulièrement portés sur les listes de terrorisme », a-t-il expliqué.

Engagement pour les lois ABA/LFT

Les récents raids vont dans le sens de l'engagement du Liban à se conformer aux lois ABA/LFT , y compris la loi n° 44 du 24 novembre 2015 sur la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme, a indiqué à Al-Mashareq l'économiste Jassim Ajaka.

Le succès de ces opérations augmente la confiance de la communauté internationale envers le Liban et ses institutions régulatrices et de sécurité, a-t-il affirmé.

Il profite aussi au secteur bancaire, qui a prouvé sa volonté d'obéir à toutes les lois internationales concernant l'ABA/LFT et l'échange automatique d'informations fiscales, a-t-il poursuivi.

« Certains individus corrompus employés par des entreprises de change et des institutions de services financiers n'ont pas vérifié les identités des expéditeurs et des bénéficiaires comme cela était demandé par les circulaires de la Banque centrale du Liban, ce qui a permis à ces fonds d'atteindre l'EIIL », a déploré Ajaka.

La plus grande difficulté, a-t-il affirmé, est de « contrôler les transferts transfrontaliers selon la loi n° 42 de novembre 2015 sur la déclaration des transports d'argent transfrontaliers ».

Les forces de sécurité ne peuvent pas contrôler complètement les routes de contrebande terrestres à cause de la difficulté du terrain et du manque d'équipement de surveillance des frontières, a-t-il ajouté.

« L'engagement du Liban dans la lutte contre le terrorisme et pour éliminer les sources de son financement est d'une importance capitale », mais n'est pas suffisant, a-t-il déclaré, notant que le soutien international et du matériel sont nécessaires pour maintenir la sécurité.

Contrôle du mouvement des fonds

Le Liban « travaille avec la communauté internationale dans la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme », a indiqué à Al-Mashareq Violette Ghazal Balaa, rédactrice en chef d'Arab Economic News.

« Le Liban s'est engagé à combattre le blanchiment d'argent en 2001 avec la ratification de la loi n° 318, et en 2004, le pays a contribué à la création du Groupe d'action financière du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord (GAFI MENA) », a-t-elle rappelé.

Il n'est pas étonnant que les mécanismes de suivi aient détecté des transferts d'argent qui auraient financé l'EIIL, car la surveillance des mouvement de capitaux entrant et sortant du Liban est permanente, a indiqué Balaa.

« Les autorités de sécurité et judiciaires du Liban ont la capacité de faire fermer les établissements impliqués dans de telles activités, de les placer sous scellés et de leur interdire de reprendre le travail pour avoir enfreint les règles et les réglementations qui régissent leur profession », a-t-elle précisé.

La Banque centrale du Liban, en tant qu'autorité de contrôle du secteur financier, « est rigoureuse dans la vérification de la conformité avec les normes internationales et souhaite continuer à satisfaire aux exigences internationales », a-t-elle affirmé.

Balaa a déclaré que le système bancaire et financier libanais « est basé sur des lois financières conformes aux exigences internationales et ses pratiques répondent aux normes de bonne gouvernance et de conformité ».

« La Banque centrale impose des restrictions et maintient des contrôles stricts sur les entreprises de transfert d'argent en faisant respecter les normes ABA/LFT internationales en place », a-t-elle affirmé.

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