Réfugiés

L'Egypte renforce ses efforts pour limiter l'immigration clandestine après le naufrage d'un bateau

Waleed Abou al-Khair au Caire

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Des Egyptiens attendent sur la côte la récupération des corps dans une opération de recherche suite au naufrage d'un bateau transportant des immigrés dans la Méditerranée, le long de la côte de la ville portuaire égyptienne de Rosette le 22 septembre 2016. [Mohamed El-Shahed/AFP]

L'Egypte accélère la révision de sa législation concernant l'immigration clandestine à la suite du naufrage d'un bateau d'immigrants au large de sa côté méditerranéenne le mois dernier qui a fait 200 morts.

Les survivants de l'incident du 21 septembre, dans lequel un chalutier en provenance d'Egypte vers l'Italie a chaviré au large de la ville portuaire de Rosette , ont affirmé qu'environ 450 immigrés étaient entassés dans le bateau, dont environ 100 dans sa soute.

Des 163 personnes secourues du bateau, la plupart était des égyptiens, avec d'autres migrants du Soudan, de l'Erythrée, de la Syrie et de l'Ethiopie, d'après le Haut Commissaire des Nations unies pour les réfugiés.

En plus des dangers personnels encourus par les immigrants, qui comprenaient le risque de mort dans la mer, il y avait d'autres soucis sociétaux liés à l'immigration clandestine, ont déclaré des experts égyptiens à Al-Mashareq.

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Les autorités égyptiennes interpellent 79 jeunes hommes à Abou Qir alors qu'ils essayaient de quitter le pays illégalement par la Méditerranée fin septembre. [Photo fournie par les Forces armées égyptiennes]

Le plus dangereux de ces risques est la possibilité que les bateaux qui ne sont pas régis par la loi égyptienne soient exploités par les groupes extrémistes, en particulier « l'Etat islamique en Irak et au Levant » (EIIL), pour leurs propres fins, avertissent-ils.

Révision d'urgence de la loi

Le 24 septembre, le président Abdel Fattah al-Sissi a tenu une réunion d'urgence de la sécurité nationale pour discuter de la possibilité de promulguer une loi unifiée dans le but de durcir les peines contre ceux impliqués dans les opération de trafic humain et d'immigration clandestine.

Dans une autre réunion d'urgence le 27 septembre, trois comités parlementaires ont approuvé un projet de loi visant l'éradication de l'immigration clandestine.

Le projet de loi, qui a été initialement soumis au parlement en juin et qui sera discuté pendant la session parlementaire actuelle, ne vise pas l'imposition de peines sur les immigrants eux-mêmes, d'après les législateurs, mais tentent de pénaliser ceux impliqués dans le trafic humain.

« Le lien entre l'immigration clandestine et le terrorisme est devenu une réalité », a souligné Khairouddin Abdel Metaal, expert en loi internationale et professeur à l'Université d'Assiout.

« Les groupes terroristes cherchent une opportunité pour recruter les jeunes immigrants car ils sont le maillon faible », a-t-il expliqué à Al-Mashareq, ajoutant que leurs conditions sociales et financières les rendent vulnérables à l'idéologie extrémiste.

En outre, les membres de groupes extrémistes tels que l'EIIL tentent de se mettre à l'abri au milieu des immigrants pour s'infiltrer dans d'autres pays sans être détectés, a-t-il poursuivi.

Les statistiques montrent que plus de 2000 enfants égyptiens sont arrivés aux plages italiennes en 2015, a souligné Abdel Metaal, et probablement d'autres arrivées n'ont pas été documentées.

L'immigration clandestine constitue un énorme danger pour les enfants, poursuit-il, car elle les laisse vulnérables aux influences malignes telles que « les réseaux internationaux qui collaborent avec les groupes terroristes et ont une histoire de trafic humain ».

Protéger la sécurité nationale

L'Egypte fait des efforts considérables pour réduire l'immigration clandestine, a précisé Sami Gheit, un chercheur au centre al-Sharq pour les études régionales et stratégiques, la qualifiant de « question de sécurité nationale ».

Les efforts visant à combattre l'immigration clandestine, qui est souvent alimentée par le chômage, sont entrepris en coopération avec un grand nombre d'institutions gouvernementales et judiciaires, a-t-il précisé à Al-Mashareq.

Résoudre le problème d'immigration clandestine est devenue une responsabilité collective internationale, a-t-il ajouté,vu le potentiel de la menace terroriste qui y est associé.

« Le nombre d'immigrants qui traversent la Méditerranée a atteint 300 000 à ce jour l'année en cours, comparé à 520 000 au cours de la même période de 2015 », dit-il.

« En 2015, un nombre total de 4 200 personnes ont été arrêtées pour avoir essayé d'immigrer, en plus de 246 médiateurs, passeurs et propriétaires de bateaux », a affirmé le lieutenant colonel Amin al-Zaini, un attaché de la police égyptienne à l'Interpol.

« En 2014, 2 600 immigrants et 134 passeurs ont été arrêtés, alors que depuis le milieu de 2016, plus de 10 000 immigrants et 350 passeurs ont été arrêtés et 125 opérations de trafic ont été déjouées », a-t-il indiqué à Al-Mashareq.

Ces nombres comprennent des citoyens de pays arabes et africains en plus de citoyens égyptiens, a-t-il remarqué.

« L'Egypte est devenue une route de transit pour l'immigration clandestine, en plus d'être un point de départ principal, ce qui explique la présence de non-égyptiens à bord de bateaux d'immigration », a-t-il signalé.

Législation dissuasive en revue

L'Egypte a récemment établi un nouveau projet de loi sur l'immigration clandestine pour remplacer l'ancienne loi adoptée en 2010, a précisé Ahmed Omar, professeur de droit pénal à l'Université Mansoura.

Il est prévu que la nouvelle loi serve de « mesure dissuasive à l'immigration des jeunes, et il est prévu qu'elle soit discutée et adoptée par le Conseil des représentants durant sa deuxième session qui commence en octobre », poursuit-il.

Les dispositions de la nouvelle loi comprennent de lourdes peines pour les passeurs et leurs complices, a-t-il précisé.

Les peines peuvent comprendre la prison à perpétuité et la saisie du navire, a-t-il ajouté, et même la possibilité de peine de mort si les passagers sont tués dans un naufrage ou s'il s'avère que des éléments terroristes étaient parmi les passagers.

« Pour ce qui est des immigrants, la nouvelle loi impose des peines seulement s'il est prouvé que l'immigrant embarque pour sa troisième tentative », dit-il.

« L'objectif est de donner aux jeunes une chance pour reprendre leur vie normale s'ils tombent dans le piège des médiateurs et pensent à l'immigration », a souligné Omar, ajoutant que dans la plupart des cas, la loi considère les immigrants comme des victimes et non des criminels.

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