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Un rapport révèle que la liberté de la presse est menacée au Yémen

Nabil Abdoullah al-Tamimi à Aden

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Des journalistes yéménites sont contrôlés par la sécurité koweïtienne à leur arrivée au centre de presse des pourparlers de paix du Yémen au ministère koweïtien de l'Information, le 22 avril 2016, à Koweït, pour assister à une conférence de presse organisée par l'envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies pour le Yémen. [Yasser al-Zayyat/AFP]

La guerre au Yémen a fait payer un lourd tribut aux journalistes du pays, avec un nombre record de 37 abus contre des journalistes et des institutions médiatiques rien qu'en juillet et août, selon un rapport récent.

Toutes les parties du conflit sont responsables des mauvais traitements infligés aux journalistes, a affirmé ce rapport, les Houthis (Ansarallah) soutenus par l'Iran arrivant en tête de liste, avec 18 violations sur l'ensemble des cas enregistrés.

Sur les violations restantes, douze ont été enregistrées à Aden, six à Taez et une dans la province de Shabwa, selon le rapport publié le 12 septembre par l'Observatoire des libertés de la presse du Centre d'études et des médias économiques (CEME).

L'observatoire s'est déclaré préoccupé par l'augmentation du nombre de violations et pratiques abusives contre des journalistes et des institutions médiatiques au Yémen.

Il a réitéré son appel à toutes les parties à « cesser immédiatement de cibler les journalistes » et à respecter la constitution yéménite et les conventions internationales sur la liberté de la presse.

Il a également demandé aux Houthis de libérer 18 journalistes, dont certains sont détenus dans les prisons de la milice depuis plus de trois ans.

« De même, le journaliste Mohammed Ali est toujours retenu par le gouvernement légitime à Mareb, et aucune information n'est disponible sur le sort de Mohammed al-Muqri, enlevé par al-Qaïda fin 2015 », a fait savoir le rapport.

« La situation de la presse est désastreuse »

« Il est regrettable que les journalistes soient les premières cibles de tous les belligérants du conflit au Yémen », a déploré Moustafa Nasr, directeur du CEME.

« La carte de surveillance documentée par l'observatoire montre le niveau d'escalade et l'hostilité croissante envers le travail des journalistes dans toutes les régions du Yémen », a-t-il rapporté à Al-Mashareq.

« Ceci exige une solidarité accrue entre les journalistes pour défendre leur profession et affirmer que le journalisme n'est pas un crime », a déclaré Nasr.

Depuis le début de la guerre en mars 2015, les Houthis sont les pires coupables d'atteintes aux libertés de la presse, a-t-il fait savoir, ajoutant que 18 journalistes de Sanaa ont été enlevés arbitrairement et sont toujours détenus et soumis à diverses formes de torture et d'abus.

« La situation de la presse au Yémen est désastreuse et misérable », a rapporté Mohammad Sadiq al-Odaini, directeur du Centre pour la formation et la protection des libertés des journalistes (CFPLJ).

« Le Yémen est devenu un environnement dangereux pour le journalisme et la vie de ceux qui travaillent dans ce domaine », a-t-il déclaré.

Il n'y a plus de journaux indépendants ou même partisans dans les zones contrôlées par les Houthis, car il est interdit de les imprimer par ordre des milices, a-t-il relaté, ajoutant que « tous les sites d'information ont été bloqués ».

Les arrestations et les enlèvements se produisent à un « niveau sans précédent », a indiqué al-Odeini, et « les prisons, les centres de détention et les traitements inhumains sont le destin » de nombreux journalistes.

Les Houthis musellent toute opposition

« La liberté de la presse au Yémen traverse une période sombre », a expliqué l'analyste politique et journaliste Faisal Ahmed à Al-Mashareq.

La situation est encore pire dans les zones contrôlées par les Houthis, car la milice a « perpétré les abus les plus graves contre les journalistes et la presse », a-t-il déclaré.

Des journalistes des zones contrôlées par les Houthis ont été arrêtés et torturés, et certains ont été condamnés à mort, a-t-il fait savoir, ajoutant que toutes les institutions médiatiques qui s'opposent à la milice ont été fermées.

« Il n'y a pas de voix dissidente pour [défier] les Houthis », a déploré Ahmed.

La répression contre la presse de la milice s'est même étendue aux militants sur les réseaux sociaux, a-t-il poursuivi, et certains ont été arrêtés ou torturés pour avoir envoyé des messages sur Twitter ou Facebook.

Ahmed a exhorté les Nations unies et les organisations de défense de la liberté de la presse à intervenir et à exercer des pressions sur toutes les parties au conflit yéménite pour qu'elles libèrent les journalistes détenus et mettent fin aux abus contre la presse.

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