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Droits de l'Homme |

L'ONU va faciliter les départs volontaires du camp d'al-Rukban en Syrie

Waleed Abou al-Khair au Caire

Le camp d'al-Rukban, situé à la frontière sud de la Syrie avec la Jordanie, abrite des milliers de réfugiés syriens qui vivent dans des conditions difficiles. [Photo fournie par Tareq al-Nuaimi]

L'ONU va faciliter les départs volontaires de réfugiés syriens du camp d'al-Rukban près de la frontière jordanienne, et fournira une assistance à ceux qui choisissent de rester, a annoncé l'organisation ce mois-ci.

Environ 17 700 personnes ont volontairement quitté al-Rukban depuis février, après que les autorités syriennes et russes ont offert aux résidents des moyens de transport et des garanties de passage en sécurité.

Mais des milliers de personnes vivent encore dans des conditions sordides dans le camp du désert, situé dans le no man's land proche de la base militaire d'al-Tanf, à la frontière sud du pays avec la Jordanie.

Un convoi commun des Nations unies et du Croissant-Rouge syrien s'est récemment rendu dans le camp d'al-Rukban pour mener une enquête approfondie sur ceux qui souhaitent partir vers des zones contrôlées par le régime syrien. [Photo fournie par Tareq al-Nuaimi]

Des combattants de Jaish Maghawir al-Thawra ont assuré la sécurité d'une délégation du Croissant-Rouge syrien qui s'est rendue à la mi-août au camp d'al-Rukban, à la frontière sud de la Syrie avec la Jordanie. [Photo fournie par Tareq al-Nuaimi]

Une délégation conjointe du Croissant-Rouge syrien et des Nations unies a effectué une mission de cinq jours à al-Rukban du 15 au 19 août pour évaluer les besoins des résidents du camp et déterminer le nombre de ceux qui souhaitent retourner dans les zones contrôlées par le régime en Syrie, a déclaré Tareq al-Nuaimi, travailleur humanitaire du camp al-Rukban.

La délégation a été placée sous la protection de Jaish Maghawir al-Thawra, une faction de l'Armée syrienne libre (ASL) soutenue par la coalition internationale, pendant toute la durée de la visite, a-t-il rapporté à Al-Mashareq.

La délégation a rencontré les notables du camp et les conseils tribaux et locaux pour discuter des propositions visant à mettre fin à la crise du camp, a-t-il ajouté.

Conditions difficiles

Un blocus imposé par le régime syrien a empêché l'entrée de l'aide humanitaire dans le camp, ce qui, combiné à la suspension de l'aide de la Jordanie depuis 2018, à l'exception de convois occasionnels des Nations unies et du Croissant-Rouge, a rendu les conditions de vie très difficiles.

Ces conditions ont poussé des milliers de civils à choisir de quitter le camp en direction de zones contrôlées par le régime, a déclaré al-Nuaimi, notant « qu'ils sont détenus dans des abris pendant de longues périodes avant de pouvoir retourner dans leurs régions ».

Les hommes sont également emmenés pour effectuer le service militaire ou de réserve obligatoire, a-t-il ajouté.

Lors de sa dernière visite à al-Rukban, la délégation onusienne n'a fourni aucune aide, mais a promis « d'apporter une nouvelle aide lors de la prochaine visite, qui sera consacrée à ceux qui ont exprimé le désir de rester dans le camp », a-t-il fait savoir.

L'aide doit être approuvée par le régime syrien, car l'itinéraire qu'elle emprunte est sous le contrôle du régime et la frontière est fermée du côté jordanien, a-t-il précisé.

La population du camp a diminué, passant d'un maximum de 50 000 personnes l'an dernier à environ 10 000, a indiqué à Al-Mashareq Mahmoud al-Bunni, responsable administratif du Croissant-Rouge syrien.

Les procédures visant à faciliter les déplacements de ceux qui souhaitent retourner dans les zones contrôlées par le gouvernement en Syrie seront finalisées au plus tard à la mi-septembre, a-t-il affirmé.

Préoccupations au sujet de la conscription obligatoire et du CGRI

Bien que l'ONU facilite leur retour, de nombreux réfugiés syriens préfèrent rester à al-Rukban à moins d'être autorisés à retourner dans des zones qui ne sont pas sous le contrôle du régime syrien.

Bassem al-Ukaidat, un habitant du camp âgé de 40 ans arrivé de Palmyre au milieu de l'année 2016, a déclaré à Al-Mashareq qu'il lui était très difficile d'envisager de retourner dans les zones du régime, « étant donné les conditions de vie misérables, surtout dans les zones rurales ».

Il a dit qu'il craignait que lui et son fils de 17 ans ne soient emmenés pour le service militaire et de réserve obligatoire dès leur retour, laissant leur famille sans soutien.

Des solutions alternatives ont été proposées récemment, y compris le retour dans le nord de la Syrie, « mais le régime a catégoriquement rejeté cette option », a déclaré al-Ukaidat.

En outre, certains Syriens « ne souhaitent pas retourner dans des zones contrôlées par les Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) ou par le régime iranien en raison de l'insécurité, des mauvaises conditions économiques et des taux de chômage élevés », a-t-il ajouté.

La majorité des résidents du camp sont originaires des provinces de Deir Ezzor et Homs, que le CGRI considère comme des zones stratégiques pour les plans expansionnistes du régime iranien dans la région.

La tentative de l'Iran de renforcer son influence dans l'est de la Syrie sert son programme régional visant à ouvrir un passage vers le Liban et la Méditerranée par lequel il pourra faire passer combattants et armes et développer le commerce.

« Ceux qui refusent de rentrer sont catégoriquement opposés au retour, en particulier après la diffusion d'informations sur la nature du déploiement du CGRI et de ses milices [en Syrie] et sur la manière dont les jeunes sont contraints de combattre dans leurs rangs », a déclaré al-Ukaidat.

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