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Sécurité |

L'arrestation d'un dirigeant de l'EIIS montre la détermination de la coalition arabe et du Yémen

Nabil Abdoullah al-Tamimi à Aden

Une photo prise le 13 mars 2018 dans la ville d'Aden, dans le sud du Yémen, montre des soldats yéménites sur les lieux de l'explosion d'un attentat-suicide revendiqué par l'EIIS contre des troupes yéménites formées par les Émirats arabes unis. [Saleh al-Obeidi/AFP]

L'arrestation du dirigeant yéménite de « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) montre la détermination du gouvernement yéménite et de la coalition arabe à saper les efforts des extrémistes pour s'implanter dans ce pays, ont déclaré des observateurs.

Le colonel Turki al-Maliki, porte-parole de la coalition arabe, a annoncé mardi 25 juin que des forces d'opérations spéciales saoudiennes et yéménites avaient arrêté le dirigeant de l'EIIS au Yémen, Abou Osama al-Muhajir.

Plusieurs autres éléments de l'EIIS ont été arrêtés au cours du même raid au début du mois de juin, a précisé al-Maliki, dont le responsable financier du groupe.

Des Yéménites inspectent des gravats et des débris d'automobiles après un attentat-suicide revendiqué par l'EIIS contre des troupes yéménites formées par les Émirats arabes unis à Aden le 13 mars 2018. [Saleh al-Obeidi/AFP]

« La surveillance rapprochée d'une maison a prouvé la présence du chef du groupe terroriste et d'autres éléments, ainsi que de trois femmes et trois enfants », a-t-il rapporté, confirmant qu'il n'y avait eu aucune victime civile pendant le raid.

Le vice-ministre yéménite des Droits de l'homme, Nabil Abdoul-Hafeez, a décrit al-Muhajir comme « l'un des dirigeants de l'EIIS les plus dangereux ».

Il a révélé que l'émir yéménite de l'EIIS et ses compagnons avaient été localisés et arrêtés dans la capitale provinciale d'al-Mahrah, al-Ghaydah, dans le sud-est du Yémen, près de la frontière avec Oman.

« Cela prouve également que la coalition arabe ne lutte pas seulement contre les Houthis (Ansarallah), mais qu'elle aide également les institutions de l'État à rétablir leur rôle, en particulier dans la lutte contre le terrorisme qui menace le Yémen et toute la région », a-t-il poursuivi.

Présence cachée

Cette opération est « un message clair indiquant que la coalition [arabe] et le gouvernement légitime du Yémen se préoccupent principalement de l'établissement de la sécurité, de la paix et de la stabilité au Yémen et de la lutte contre les groupes et les plans terroristes », a déclaré le diplomate yéménite Abdel-Wahhab Tawaf à Al-Mashareq.

« C'est aussi un message que dit que la région en général et le Yémen en particulier ne serviront pas de marais ou de points chauds pour la reproduction de groupes terroristes », a-t-il indiqué.

« Ce qui est certain, c'est que l'EIIS planifie depuis longtemps d'exploiter les vides sécuritaires créés par [le coup d'État des Houthis] et la guerre qui a suivi », a déclaré à Al-Mashareq le politologue Waddah al-Jalil.

« Il est vrai que l'EIIS avait revendiqué de nombreuses opérations terroristes au Yémen avant l'opération Tempête décisive », a-t-il déclaré. « Cependant, les faits complets concernant la présence du groupe sont encore inconnus».

L'EIIS a affirmé sa présence au Yémen par des déclarations revendiquant des actes terroristes qui portent des éléments identifiants al-Qaïda, a-t-il indiqué.

À d'autres moments, les actes de terrorisme revendiqués par l'EIIS portent la marque des cellules créées par les Houthis soutenus par l'Iran et leurs alliés, a-t-il ajouté.

« Il existe une animosité manifeste entre al-Qaïda et l'EIIS au Yémen, et même si de nombreux adeptes d'al-Qaïda ont prêté serment d'allégeance à l'EIIS, rien n'indique que l'EIIS ait une forte présence au Yémen », a-t-il fait savoir.

« Cela signifie qu'au cours des dernières années, le groupe s'est construit et s'est préparé à se présenter », a expliqué al-Jalil. « Mais l'arrestation de son chef par la coalition sape une grande partie de ses efforts et lui porte un coup douloureux».

Peu de soutien pour l'EIIS

La présence de l'EIIS au Yémen n'est pas comme sa présence en Syrie et en Irak, a déclaré al-Jalil.

« Il n'est ni possible ni facile pour l'EIIS d'avoir le même type de présence au Yémen qu'en Irak et en Syrie », a-t-il indiqué. « Malgré l'ancien vide sécuritaire [au Yémen], l'environnement social n'est pas adapté à la nature de l'EIIS».

« L'EIIS a été présent au Yémen parce que le groupe contrôlait certaines zones et a essayé de construire son soi-disant État en opprimant la population locale, sans avoir de relations ou de liens avec elle, contrairement à al-Qaïda », a-t-il ajouté.

« Al-Qaïda au Yémen contrôlait quant à lui de nombreuses zones en établissant des relations solides avec la population locale et les chefs tribaux », a-t-il rappelé.

Comme l'EIIS n'a pas de base solide au Yémen, les opérations de la coalition yéménite et arabe pour mettre le groupe en déroute « seront plus faciles et plus directes que ce qui s'est passé avec l'EIIS en Irak », a affirmé al-Jalil.

Coopération étroite pour la sécurité

Le politologue Adnan al-Humairi a déclaré à Al-Mashareq que l'arrestation d'al-Muhajir démontre la force des efforts de renseignement et la coopération étroite entre les agences de sécurité saoudiennes et yéménites.

« L'opération n'a été annoncée qu'après que les informations trouvées aient été vérifiées », a-t-il indiqué. « Les médias ont été autorisés à couvrir largement ces nouvelles 23 jours après l'opération, ce qui est un succès à tous points de vue».

« L'arrestation de l'émir de l'EIIS ne signifie pas la fin du groupe, mais le début de son effondrement », a-t-il souligné, notant que la branche yéménite de l'EIIS était peu connue « et que les informations sur ses dirigeants étaient très limitées ».

« Pendant ce temps, la saisie d'ordinateurs et d'appareils de communication et l'arrestation de plusieurs éléments supérieurs avec le chef du groupe aideront à identifier d'autres éléments du groupe, ainsi que les contacts, les plans et les mouvements du groupe », a-t-il déclaré.

« Cette information était jusqu'ici inconnue, et cela affaiblira l'EIIS et le mettra à la portée des agences de sécurité », a-t-il affirmé.

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