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Terrorisme |

L'économie iranienne vacille, et le Hezbollah en souffre

Des partisans du Hezbollah libanais écoutent un discours d'Hassan Nasrallah, dirigeant du mouvement, sur grand écran lors des célébrations marquant le 40e anniversaire de la révolution iranienne dans la banlieue sud de Beyrouth le 6 février. [Anwar Amro/AFP]

Alors que l'économie de l'Iran chancelle par suite des sanctions, le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) a été contraint de réduire les fonds qu'il verse à ses intermédiaires régionaux, dont le Hezbollah libanais, ont expliqué des experts à Al-Mashareq.

Le Hezbollah recevait des centaines de millions de dollars du CGRI, mais il a dû réduire ses dépenses, car le CGRI perd des revenus.

Selon le Fonds monétaire international, le taux d'inflation en Iran est passé à 30 % à cause des sanctions, et le riyal a perdu plus de la moitié de sa valeur.

« À cause des sanctions américaines et de leur impact négatif sur le riyal iranien, qui ne peut plus être utilisé dans les transactions internationales, le CGRI accumule autant d'or et d'autres devises fortes que possible », a indiqué un expert financier.

Le CGRI a le pouvoir de légiférer pour servir ses propres intérêts, a poursuivi cet expert, parlant à Al-Mashareq sous couvert d'anonymat, et il importe de l'or par le biais d'entreprises affiliées ou de pays voisins.

Cela se fait en échange de pétrole et de gaz, a-t-il ajouté.

« Par le passé, certaines entreprises asiatiques effectuaient ces opérations pour le CGRI en échange de fortes commissions, et pouvaient ainsi contourner le blocus américain », a-t-il déclaré.

« L'Iran réservait d'importantes sommes d'argent à ses affiliés, comme le Hezbollah (libanais), les Houthis (Ansarallah) (yéménites) et Asaib Ahl al-Haq (irakien), qui étaient des éléments stratégiques de son expansion dans la région », a-t-il précisé.

Mais les 500 millions de dollars que le Hezbollah recevait de l'Iran, par exemple, ont été réduits de moitié en raison de l'effet des sanctions américaines, a-t-il rapporté, ajoutant que cela a contraint le Hezbollah à réduire de moitié le salaire de ses combattants.

Signes d'austérité budgétaire

Dans le même temps, les Iraniens « ont du mal à assurer leur subsistance dans des conditions économiques et sociales difficiles, et dénoncent sur les réseaux sociaux l'aide qui va à d'autres alors qu'ils en ont davantage besoin », a-t-il déclaré.

Les employés du secteur privé sont les plus durement touchés par ces sanctions, car le taux de chômage est en hausse et devrait atteindre 15,4 % d'ici fin 2019, selon les projections du FMI.

Le gouvernement iranien a déclaré que son déficit budgétaire atteindra 5,8 milliards de dollars cette année.

« La situation va s'aggraver, car les gens sont durement touchés par les prix élevés », a-t-il affirmé, et cela laisse présager une catastrophe sociale qui pourrait mener à des manifestations populaires similaires à celles de 2017.

Des signes d'austérité budgétaire sont également évidents dans les institutions du Hezbollah et chez ses collaborateurs, a déclaré à Al-Mashareq Hassan Qutb, directeur du Centre libanais de recherche et de conseil.

L'aide mensuelle a été coupée pour de nombreux groupes partisans fidèles à la milice au Liban, a-t-il fait savoir, ajoutant que certains dirigeants du Hezbollah expliquent en privé que l'aide a été réduite à un « niveau sans précédent ».

L'austérité budgétaire a entraîné une baisse de la production médiatique et des activités sociales favorables au Hezbollah, qui étaient auparavant organisées pour soutenir l'Iran, a-t-il déclaré.

« On parle sérieusement d'une diminution des ressources financières de la chaîne Al-Manar TV [affiliée au Hezbollah], comme en témoigne la baisse du nombre de reportages et de la couverture médiatique de nombreuses activités et événements », a indiqué Qutb.

Qutb a ajouté que cette crise financière « a également des répercussions sur la base de soutien populaire [du Hezbollah], car de nombreux établissements commerciaux ont fermé leurs portes à Al-Nabatiyeh, à Tyr, dans la banlieue sud [de Beyrouth] et dans la Bekaa ».

Ces régions étaient autrefois prospères sur le plan financier, et économiquement dynamiques grâce à l'argent injecté par la milice et à l'emploi et aux services qu'elle fournissait à ses partisans, a-t-il rapporté.

Sources de financement alternatives

Le Hezbollah « a commencé à chercher d'autres sources de financement rapide après l'interdiction du transfert d'argent depuis l'Iran », a déclaré Hussein Ezzedine, membre de l'Assemblée pour la souveraineté du Liban.

Pour obtenir des fonds après l'imposition de sanctions, le Hezbollah a tenté d'investir sous le nom de ses partisans dans une chaîne de parcs d'attractions, des restaurants et des attractions dans les régions où il a de l'influence, a-t-il fait savoir à Al-Mashareq.

La milice a également acheté plusieurs hôpitaux privés et ouvert des laboratoires sous le nom de diverses personnes, « offrant aux médecins une partie des profits s'ils dirigeaient leurs patients vers ses laboratoires », a-t-il indiqué.

Elle génère de l'argent « en achetant et en construisant des stations-service sous le nom d'organisations caritatives et en faisant du trafic de tabac, deux activités qui rapportent énormément d'argent au parti », a déclaré Ezzedine.

Le parti a également sollicité des dons en exerçant des pressions sur ses riches affiliés dans d'autres régions, notamment en Afrique et en Amérique du Sud, afin qu'ils augmentent leurs contributions financières.

Cependant, les dons faits au Hezbollah qui ne transitent pas par des agences d'État et des systèmes financiers mondiaux « constitueraient de la contrebande et du blanchiment d'argent », a prévenu l'analyste politique Elias al-Zoghbi.

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1 COMMENTAIRE (S)

Politique Commentaire Captcha
| 2019-06-11

Peu importe combien Saddam était horrible, il a malgré cela soutenu le Liban. Quelle école de pensée vous soutenez, vous qui souhaitez saper le Liban? Il ne peut être qu'une seule école de pensée et c'est la protection des intérêts d’Israël, la continuation des constructions de colonisation, l'occupation de la Syrie et du Liban, et les génocides des populations musulmanes de ces pays.

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