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Sécurité |

Pour des experts omanais, la menace de fermeture du détroit d'Ormuz par l'Iran n'est que« de la pure rhétorique »

Des cargos naviguent le 29 avril dans le Golfe au large de la ville portuaire iranienne de Bandar Abbas, qui bénéficie d'une position stratégique dans le détroit d'Ormuz. [Atta Kenare/AFP]

Les menaces récemment proférées par l'Iran sur la fermeture de cette voie de navigation stratégique qu'est le détroit d'Ormuz, par lequel transite près d'un cinquième du pétrole mondial transporté par bateau, sont complètement vides, ont déclaré des experts à Al-Mashareq.

Mohammad Bagheri, chef d'État-major des forces armées iraniennes, avait déclaré le 18 avril que son pays pourrait fermer cette voie navigable au trafic maritime.

La menace prononcée par le commandant du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) a fait suite à l'annonce quelques jours plus tôt par les États-Unis qu'ils mettront fin aux exemptions accordées l'année dernière à huit acheteurs de pétrole iranien et leur demandant d'arrêter les achats d'ici le 2 mai sous peine de sanctions.

Le 24 avril, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a menacé les États-Unis de « conséquences », sans être plus spécifique, s'ils empêchaient son pays d'utiliser le détroit d'Ormuz pour la vente de pétrole.

« Nous pensons que l'Iran va continuer à vendre son pétrole, nous continuerons à trouver des acheteurs pour notre pétrole, et nous continuerons à utiliser le détroit d'Ormuz comme passage sûr pour la vente de notre pétrole », a-t-il déclaré.

« Mais si les États-Unis prennent une mesure folle destinée à nous en empêcher, ils devront être prêts aux conséquences », a-t-il indiqué.

Les États-Unis « doivent savoir que lorsqu'ils entrent dans le détroit d'Ormuz, ils doivent s'adresser à ceux qui le protègent, à savoir le Corps des Gardiens de la révolution islamique [CGRI] », a-t-il ajouté.

De telles menaces font peser une responsabilité grandissante sur Oman, ont expliqué des experts, car le sultanat domine le côté ouest du détroit d'Ormuz.

Le sultanat agira pour protéger ses intérêts nationaux et la navigation internationale contre les menaces que représente l'Iran, ont-ils fait savoir.

« Immenses risques »

Le détroit d'Ormuz sépare l'Iran et Oman, et relie le golfe persique au golfe d'Oman et à la mer d'Arabie.

La majeure partie du pétrole brut exporté depuis l'Arabie saoudite, l'Iran, les Émirats arabes unis, le Koweït et l'Irak passe par cette voie.

« Oman est bien conscient des immenses risques auxquels la région serait confrontée si l'Iran insistait sur la fermeture du détroit », a déclaré l'expert en stratégie Abdoul Rahman al-Kathiri.

Si l'Iran met sa menace à exécution et ferme le détroit à son point le plus étroit (environ 3,2 km de large), « les situations potentielles seraient absolument catastrophiques, et la région pourrait basculer dans une guerre permanente », a-t-il poursuivi.

« Les prix du pétrole pourraient augmenter d'au moins 20 % en raison de la baisse de l'offre mondiale qui s'en suivrait », a-t-il expliqué, ajoutant que l'Iran est « bien conscient de ces dangers ».

Oman cherche à éviter une telle crise, a-t-il indiqué, notant qu'il ne s'attend pas à ce que Téhéran « mette en danger sa relation spéciale avec Mascate et mène des actions hostiles dans les eaux de notre pays ».

« Battage médiatique »

La navigation dans le détroit d'Ormuz est réglementée par la législation internationale et la convention des Nations unies sur la haute mer, a expliqué à Al-Mashareq Salem al-Maashani, ancien universitaire de l'université Dhofar d'Oman.

Aux termes de cette convention, « tous les navires ont le droit et la liberté de traverser le détroit tant que leur traversée "ne nuit pas à la paix, à l'ordre ou à la sécurité de l'État côtier" », a-t-il rapporté.

La communauté internationale a rejeté à plusieurs reprises la demande de l'Iran qui souhaitait superviser le détroit d'Ormuz, a-t-il fait savoir, appelant les pays exportateurs de pétrole à trouver une solution et à adopter des mécanismes innovants pour éviter d'être à nouveau sous le spectre des menaces iraniennes.

L'un des moyens d'y parvenir consiste à « utiliser les ports omanais distants du détroit d'Ormuz, comme le port d'al-Duqm », et « les voies de navigation sûre qui préservent la richesse nationale en pétrole et gaz des États du Golfe », a suggéré al-Maashani.

« Je doute que l'Iran ferme le détroit d'Ormuz, et les déclarations faites dans ce sens ne sont que du battage médiatique », a affirmé l'économiste Abdoullah al-Harethi à Al-Mashareq.

L'Iran « ne peut pas se permettre de se lancer dans une confrontation à grande échelle contre la communauté internationale », a-t-il fait savoir.

L'économie mondiale est en récession depuis plusieurs années, et de nombreux pays sont frappés par des vagues de prix élevés, a-t-il conclu. La communauté internationale et les États du Golfe n'autoriseront donc pas le déclenchement de nouvelles crises dans la région.

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