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Réfugiés |

2018-11-09

Les réfugiés syriens peinent à obtenir un permis de travail en Jordanie


Un réfugié syrien travaille dans le camp de réfugiés de Zaatari en Jordanie. [Photo fournie par l'Organisation mondiale du travail]
Un réfugié syrien travaille dans le camp de réfugiés de Zaatari en Jordanie. [Photo fournie par l'Organisation mondiale du travail]

De nombreux réfugiés syriens en Jordanie n'ont pas de permis de travail, car ils ne savent pas comment en faire la demande ou pensent à tort que le fait d'avoir un permis limitera leurs chances d'obtenir de l'aide humanitaire, a fait savoir un rapport récent.

Cela souligne le besoin de vastes campagnes de sensibilisation pour garantir que tous les Syriens ont accès aux permis de travail, ont affirmé des experts à Al-Mashareq.

Les permis de travail offrent une protection aux réfugiés et à leurs employeurs, ont-ils précisé, et leur permettent de travailler légalement sans entraves.

Le rapport, publié fin octobre par Renaissance arabe pour la démocratie et le développement (RADD), une organisation basée à Amman, porte sur l'emploi des réfugiés syriens en Jordanie et les difficultés qu'ils rencontrent pour obtenir un permis de travail.

Ce rapport précise que malgré les facilités mises en place par le gouvernement jordanien pour les intégrer dans le marché du travail, de nombreux réfugiés syriens n'ont toujours pas de permis.

Parmi les obstacles qui les empêchent d'avoir un permis de travail se trouve le fait qu'ils ne connaissent pas le processus d'obtention, et leur réticence à le faire par peur de perdre accès à l'aide qu'ils reçoivent de la part d'organisations donatrices.

Certains Syriens « pensent que les tarifs d'obtention d'un permis de travail peuvent aller jusqu'à 1 000 dinars (1 409 $), ou que son obtention leur interdit de bénéficier des services fournis par le HCR ou [limite leurs chances] de réinstallation », précise ce rapport.

Permis de travail gratuits jusqu'à fin 2018

Le ministère du Travail délivre gratuitement des permis de travail aux réfugiés syriens depuis 2016, et continuera à le faire jusqu'à la fin de l'année, a déclaré à Al-Mashareq le porte-parole du ministère Mohammad al-Khatib.

Le nombre de permis de travail remis aux Syriens dépasse désormais les 121 000 dans plusieurs secteurs, a-t-il rapporté.

La Jordanie a commencé à délivrer des permis aux réfugiés suite à la conférence des donateurs en février 2016, dans le cadre d'un accord conclu avec l'Union européenne pour faciliter l'entrée des exportations jordaniennes dans les pays de l'UE.

Cet accord, appelé le Contrat jordanien, donne à la Jordanie accès à 1,8 milliard de dollars en dons et prêts, ainsi que des accords de commerce préférentiels sur certains produits pour les entreprises jordaniennes qui emploient au moins 15 % de réfugiés syriens.

En échange, la Jordanie a accepté d'augmenter l'accès à l'éducation et à l'économie des réfugiés syriens dans le pays, y compris en délivrant 200 000 permis de travail aux réfugiés dans des secteurs spécifiques.

« Le nombre de permis de travail remis aux réfugiés syriens doit atteindre 200 000 pour que la Jordanie bénéficie d'autres avantages de l'accord avec l'UE », a indiqué l'économiste Hossam Ayesh à Al-Mashareq.

Nécessité d'une campagne de sensibilisation nationale

« Le manque de sensibilisation des réfugiés sur la délivrance des permis de travail est l'un des obstacles majeurs au processus », a-t-il affirmé, ajoutant que beaucoup d'entre eux ne savent pas qu'ils peuvent recevoir un permis gratuitement.

« Une campagne nationale doit donc être lancée pour les informer et les sensibiliser à la question », a déclaré Ayesh.

Des taxes pourraient être imposés l'année prochaine pour l'obtention des permis, a-t-il poursuivi, et il est donc important que les réfugiés fassent leur demande avant la fin de l'année.

Un autre obstacle est le fait que beaucoup de réfugiés syriens craignent que l'obtention d'un permis de travail les empêche de recevoir l'aide des Nations unies et d'autres organisations caritatives, a-t-il déclaré.

« Ce n'est pas le cas, et les autorités concernées se doivent de les rassurer sur ce point », a-t-il ajouté.

Tamer al-Kalut, propriétaire d'une usine de textiles dans le district de Marka à Amman, a déclaré qu'il lui était difficile de trouver et d'embaucher des travailleurs syriens ayant un permis de travail.

« Presque chaque jour, des Syriens viennent demander du travail, et ils sont prêts à travailler pour n'importe quel salaire, mais le problème est qu'ils n'ont pas de permis et ne savent pas qu'ils peuvent en obtenir un facilement et gratuitement », a-t-il raconté à Al-Mashareq.

Il faut sensibiliser davantage pour augmenter le nombre de réfugiés possédant un permis de travail, a affirmé al-Kalut.

Pour en savoir plus sur la demande de permis de travail, les réfugiés syriens peuvent consulter la section « Travail syrien » sur le site internet du ministère jordanien du Travail.

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