Politique |

2018-09-14

Les Casques blancs réfutent les accusations de la Russie selon lesquelles ils « mettraient en scène des attaques chimiques »


Un garçon tient une banderole accusant les avions russes d'avoir détruit son école, lors d'une manifestation à Jisr al-Shughur le 7 septembre. [Photo fournie par la Défense civile syrienne]
Un garçon tient une banderole accusant les avions russes d'avoir détruit son école, lors d'une manifestation à Jisr al-Shughur le 7 septembre. [Photo fournie par la Défense civile syrienne]

Les efforts persistants de la Russie et du régime syrien visant à accuser la Défense civile syrienne et certaines factions d'opposition de planifier des attaques chimiques à Idlib sont peut-être une tentative de cacher une réelle attaque chimique que les deux régimes préparent contre les civils dans la région, indiquent à Al-Mashareq des militants syriens.

Ils ont également pour but de faire passer les membres de la Défense civile syrienne, aussi appelés Casques blancs, et toutes les factions d'opposition pour des « terroristes » possédant un armement chimique, ont-ils déclaré.

Mardi 11 septembre, la Russie a affirmé que des combattants syriens de l'opposition avaient commencé à filmer des images devant être présentées au reste du monde comme étant les suites d'une prétendue attaque chimique perpétrée par l'armée syrienne, a rapporté l'AFP.


Les habitants d'Idlib fabriquent des masques à gaz artisanaux en utilisant des matériaux comme du coton et du charbon dans des boîtes ou des gobelets en carton, par mesure de précaution au cas où la ville serait attaquée à l'arme chimique. [Photo fournie par la Défense civile syrienne]
Les habitants d'Idlib fabriquent des masques à gaz artisanaux en utilisant des matériaux comme du coton et du charbon dans des boîtes ou des gobelets en carton, par mesure de précaution au cas où la ville serait attaquée à l'arme chimique. [Photo fournie par la Défense civile syrienne]

Des éléments de la Défense civile syrienne essaient d'éteindre un incendie qui s'est déclaré dans une maison après des frappes aériennes contre Idlib menées par des avions russes et du régime. [Photo fournie par la Défense civile syrienne]
Des éléments de la Défense civile syrienne essaient d'éteindre un incendie qui s'est déclaré dans une maison après des frappes aériennes contre Idlib menées par des avions russes et du régime. [Photo fournie par la Défense civile syrienne]

Un membre de la Défense civile syrienne sauve un enfant blessé lors d'un bombardement du régime contre Idlib. [Photo fournie par la Défense civile syrienne]
Un membre de la Défense civile syrienne sauve un enfant blessé lors d'un bombardement du régime contre Idlib. [Photo fournie par la Défense civile syrienne]

Le ministère russe de la Défense, citant des habitants d'Idlib, a déclaré que des équipes de tournage de plusieurs chaînes télévisées du Moyen-Orient, ainsi qu'une « branche régionale d'une importante chaîne d'information américaine », étaient arrivées pour le tournage dans la ville de Jisr al-Shughur à Idlib.

« D'ici la fin de l'année », toutes ces vidéos seront remises aux chaînes de télévision qui les diffuseront sur les réseaux sociaux, a affirmé le ministère de la Défense.

Selon ce « scénario », des Casques blancs « aideront des habitants de Jisr al-Shughur » après la soi-disante utilisation de bombes barils par l'armée syrienne, a-t-il déclaré.

De vrais produits chimiques seront utilisés pour rendre les images plus authentiques, et pour fournir des échantillons de sol prétendument contaminé, a informé le ministère.

La province d'Idlib et les zones rurales adjacentes constituent le plus grand territoire encore détenu par les combattants syriens de l'opposition.

Les troupes du régime appuyées par la Russie et l'Iran se rassemblent depuis des semaines à la périphérie d'Idlib, et ces derniers jours ont connu un regain d'intensité des frappes aériennes meurtrières, des bombardements et des largages de bombes barils.

L'Occident a prévenu le président Bachar el-Assad que son régime devra faire face à de graves conséquences s'il utilise des armes chimiques à Idlib.

Les accusations représentent une « sérieuse menace »

Les accusations faites par la Russie et le régime syrien selon lesquelles les Casques blancs préparent une « mise en scène » avec des armes chimiques constituent une sérieuse menace pour les zones hors du contrôle du régime, a affirmé Khaled al-Khatib, responsable médias de la Défense civile syrienne.

Ces accusations renforcent les craintes que ces zones puissent bientôt subir une attaque à l'arme chimique par la Russie et le régime, a-t-il expliqué à Al-Mashareq.

« Plusieurs organisations internationales ont confirmé l'utilisation d'armes chimiques par le régime au moins trois fois au cours des dernières années », a-t-il indiqué.

Ces accusations ont pour but de ternir la réputation des Casques blancs, malgré le fait qu'ils sont reconnus par de nombreux pays occidentaux et arabes, a ajouté al-Khatib.

« Les Casques blancs ont perdu 255 bénévoles tués dans l'exercice de leurs fonctions », a-t-il rapporté. Des dizaines d'autres ont été blessés, beaucoup ayant été directement ciblés lors d'opérations de sauvetage.

Les Casques blancs ont appris aux habitants quoi faire en cas d'attaque chimique.

Comme le groupe n'a pas ni les moyens ni l'argent pour distribuer des masques à gaz aux habitants, ses efforts se « limitent à informer les résidents sur ce qu'il faut faire dans une telle situation », a précisé al-Khatib.

« De nombreux habitants ont ainsi creusé des abris souterrains où se cacher quand c'est nécessaire », a-t-il poursuivi.

D'autres ont fabriqué des masques à gaz artisanaux avec des matériaux comme du coton et du charbon dans des boîtes ou des gobelets en carton, a-t-il rapporté, car cela filtre les substances toxiques.

Accusations « infondées »

Les accusations de la Russie selon lesquelles des groupes de presse accompagnent les équipes de la Défense civile syrienne pour filmer la mise en scène d'une attaque chimique contre Idlib sont infondées, a affirmé al-Khatib, « car seuls les bénévoles et les blessés montent dans les véhicules de la défense civile ».

« Il est de notoriété publique qu'il n'y a pas d'équipe de presse étrangère dans la région à cause du [...] risque que le régime y lance une offensive militaire », a expliqué al-Khatib.

Les vidéos sont en général filmées par des bénévoles affiliés aux Casques blancs, où chaque équipe est accompagnée d'un journaliste qui filme et consigne les opérations de sauvetage, a-t-il indiqué.

« Certains des membres des Casques blancs ont également été équipés de caméras spéciales pour répertorier les morts et les blessés, ainsi que les bombardements aux gaz [toxiques] et aux substances interdites au plan international », a-t-il déclaré.

Une couverture pour les attaques

La Russie et le régime syrien ont totalement réfuté la possibilité de mise en scène d'une attaque chimique dans le but d'accuser les factions de l'opposition et les équipes de la Défense civile de posséder des armes chimiques interdites, a indiqué l'avocat syrien Bashir al-Bassam.

L'objectif est de « détourner l'attention des massacres qu'ils [la Russie et le régime] commettent ou sont sur le point de commettre pendant un assaut sur Idlib », a-t-il déclaré à Al-Mashareq.

Cela fournirait une couverture au régime et à la Russie si une attaque avec de telles armes se produisait réellement, a-t-il expliqué.

Un autre objectif est de faire passer les groupes d'opposition modérés comme les Casques blancs pour des « terroristes qui doivent être éliminés à tout prix », a-t-il ajouté.

« Une confiance inébranlable »

Les organes de presse affiliés à la Russie et au régime concentrent leur couverture sur des régions stratégiques comme Jisr al-Shughur et les zones environnantes, qui jouxtent les zones contrôlées par le régime.

Le fait de contrôler Jisr al-Shughur permettrait à la Russie et au régime de pouvoir ouvrir le feu sur presque toute la région d'Idlib et de contrôler la route qui relie Latakia à Hama et Idlib, a ajouté al-Bassam.

Cela fait partie de leur tentative « d'instiller la peur dans le cœur des habitants et de les forcer à fuir vers d'autres régions », a-t-il déclaré.

Pour le militant Haisam al-Idlibi, l'attention portée sur Jisr al-Shughur est due au fait que cette ville peut être prise pour cible avec des missiles à courte et moyenne portée semblables à ceux que possèdent les factions d'opposition.

Ces missiles « peuvent être armés avec des agents chimiques et utilisés pour frapper la région, pour que [la Russie et le régime] accusent ensuite les groupes d'opposition et les Casques blancs d'être à l'origine de ces attaques », a-t-il expliqué à Al-Mashareq.

Les rumeurs que la Russie propage sont destinées à créer une crise de confiance entre les civils et les Casques blancs, a indiqué al-Idlibi.

« Mais cela ne se produira jamais », a-t-il insisté, car la confiance que portent les citoyens aux Casques blancs est « inébranlable ».

Cela est dû à leur travail acharné pour sauver des vies, et au fait que beaucoup d'entre eux ont été blessés ou tués dans des attaques directes par des avions de chasse du régime et de la Russie, a-t-il conclu.

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