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Criminalité et Justice |

2018-09-11

Le fils du leader libanais al-Hariri assassiné demande que « justice soit faite » alors que le procès touche à sa fin


Le Premier ministre libanais désigné Saad al-Hariri s'exprime devant la presse le 10 septembre devant le Tribunal spécial pour le Liban à La Haye, après la présentation des réquisitoires finaux dans le procès de quatre suspects appartenant au Hezbollah accusés dans l'assassinat de son père Rafiq al-Hariri en 2005. [Bas Czerwinski/ANP/AFP]
Le Premier ministre libanais désigné Saad al-Hariri s'exprime devant la presse le 10 septembre devant le Tribunal spécial pour le Liban à La Haye, après la présentation des réquisitoires finaux dans le procès de quatre suspects appartenant au Hezbollah accusés dans l'assassinat de son père Rafiq al-Hariri en 2005. [Bas Czerwinski/ANP/AFP]

Le futur Premier ministre libanais a demandé lundi 10 septembre que « justice soit rendue » alors que le procès parrainé par les Nations unies sur l'énorme explosion à la bombe qui avait tué son père Rafiq al-Hariri en 2005 est entré dans sa phase finale.

Saad al-Hariri se trouvait au tribunal aux Pays-Bas alors que débutaient les derniers réquisitoires dans le procès par contumace de quatre suspects du Hezbollah sur l'attentat qui avait changé la face du Moyen-Orient.

Selon les avocats généraux, cet attentat suicide, qui avait également tué 21 autres personnes et en avait blessé 226, était une tentative délibérée de créer « l'horreur » et que l'ancien Premier ministre milliardaire Rafiq al-Hariri avait été assassiné parce qu'il s'était opposé à la prise de contrôle du Liban par la Syrie.

« Il ne fait aucun doute que c'est un jour difficile pour moi, le fils de Rafiq al-Hariri », a déclaré Saad al-Hariri aux journalistes devant le Tribunal spécial pour le Liban à Leidschendam, une banlieue de La Haye.

« Dès le début, nous avons demandé que justice soit rendue parce que nous pensons que la justice et la vérité protègent le Liban », a ajouté al-Hariri, récemment élu pour un troisième mandat comme Premier ministre.

Ce tribunal est un exemple unique dans la justice internationale parce qu'il juge les quatre suspects alors même qu'ils ne sont pas présents, le Hezbollah ayant refusé de les remettre.

Ils sont jugés depuis 2014 et accusés d'avoir joué un rôle clé dans l'attaque le jour de la St Valentin sur le front de mer de Beyrouth qui avait visé al-Hariri, Premier ministre du Liban jusqu'à sa démission en octobre 2004.

« Ténèbres et horreur »

Salim Ayyash, 50 ans, est accusé d'avoir dirigé l'équipe ayant mené cette attaque, et Assad Sabra, 41 ans, et Hussein Oneissi, 41 ans, d'avoir envoyé une fausse vidéo à la chaîne d'informations al-Jazeera revendiquant cet attentat pour le compte d'un groupe inventé. Hassan Habib Merhi, 52 ans, est lui accusé d'être impliqué globalement dans ce complot.

Le cerveau présumé, le commandant du Hezbollah Moustafa Badreddine, a été condamné par le tribunal, mais l'on pense qu'il a été tué en combattant avec le régime syrien en mai 2016.

Le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah a refusé de remettre les suspects et a lancé une mise en garde au tribunal : « Ne jouez pas avec le feu. »

Les procureurs estiment que leur dossier, qui se fonde sur des enregistrements de téléphones portables semblant montrer les suspects procédant à une intense surveillance d'al-Hariri entre les moments qui ont suivi sa démission jusqu'à quelques minutes avant l'explosion, était « circonstancié » mais « convaincant ».

L'avocat du ministère public Nigel Povoas a déclaré que l'énorme étendue de l'attentat « avait indubitablement un objet politique » lié à l'opposition affichée par al-Hariri à l'engagement de longue date de Damas dans son pays.

« La scène fut plongée dans les ténèbres et l'horreur, les voitures furent éventrées et incinérées, les gens étaient en feu. Le Liban lui-même fut plongé dans les ténèbres et dans l'horreur, ce qui était exactement le but recherché par cet attentat », a-t-il déclaré devant le tribunal.

« Al-Hariri était perçu par ceux qui étaient favorables au contrôle par la Syrie comme une menace sévère à leurs intérêts, un agent de l'Ouest », a-t-il ajouté. « C'est cela le motif, et non un quelconque motif personnel, à l'origine de ce crime. »

Les procureurs ont ajouté que les suspects avaient été célébrés à Téhéran et à Damas, qui soutiennent le Hezbollah.

« Aucun esprit de revanche »

En l'état, cet attentat a eu l'effet inverse, déclenchant une vague de manifestations de masse qui aboutirent au départ des forces syriennes du Liban après 30 ans de présence, après quoi Saad al-Hariri devint Premier ministre.

Le jeune al-Hariri reconnut que la Syrie était un facteur, mais insista sur le fait qu'il n'était animé par aucun esprit de revanche à l'annonce du verdict, très vraisemblablement en début d'année prochaine.

« Concernant le régime syrien, il ne fait pour moi aucun doute qu'il avait un énorme problème avec le Premier ministre martyr Rafiq al-Hariri. Je veux traiter cette question comme un dirigeant responsable chargé de protéger le pays et le peuple libanais », a-t-il confié en conclusion aux journalistes devant ce tribunal ultra-sécurisé.

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