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Terrorisme |

2018-08-16

Les Houthis utilisent un bataillon féminin pour opprimer les femmes yéménites


Une Yéménite fidèle aux Houthis tient un fusil et participe à un rassemblement en soutien au mouvement à Sanaa le 14 janvier. [Mohammed Huwais/AFP] 
Une Yéménite fidèle aux Houthis tient un fusil et participe à un rassemblement en soutien au mouvement à Sanaa le 14 janvier. [Mohammed Huwais/AFP] 

Zainabiyat, le bataillon entièrement féminin des Houthis (Ansarallah), appuyés par l'Iran, a commis des exactions envers des femmes et des familles dans le cadre de ses actions visant à aider la milice à garder la main sur les zones qu'elle contrôle, indiquent des experts à Al-Mashareq.

Les actions de ce bataillon ont attiré l'attention en décembre dernier, lorsque les Houthis ont pris d'assaut les domiciles des dirigeants du Congrès général du peuple (GCP) après avoir tué l'ancien président du Yémen Ali Abdallah Saleh.

Zainabiyat a harcelé des femmes et terrorisé des enfants, et a confisqué les effets personnels de certaines femmes, notamment des bijoux et des téléphones portables, a rapporté le journal Asharq Al-Awsat le 15 janvier.

Un autre article, publié sur sasapost.com, a dévoilé les exactions généralisées commises contre des milliers de femmes au Yémen par des membres du bataillon Zainabiyat, allant du harcèlement à la torture.

Parmi ces persécutions, le bataillon est coupable du meurtre, fin 2017 dans la province de Taez, de Reham al-Badr, militante des droits de l'homme, a précisé l'organe de presse.

Racines en Iran

Le bataillon Zainabiyat n'est pas un nouveau concept, a expliqué à Al-Mashareq l'avocat et militant Abdoul Rahman Barman, ajoutant que ses racines se trouvent en Iran.

Le bataillon yéménite a été formé en « copiant les unités de femmes de la milice paramilitaire Basij », a-t-il indiqué.

Plusieurs femmes liées au commandement des Houthis ont été envoyées en Iran pour être formées par des Iraniens et des Libanais, a-t-il fait savoir à Al-Mashareq.

Ces bataillons ont plusieurs objectifs, a-t-il déclaré.

L'un d'eux est la « récolte de renseignements, beaucoup d'entre eux effectuant des surveillances et des collectes d'informations, car il est plus facile aux femmes d'entrer dans des maisons et de rendre visite aux familles sur lesquelles des informations doivent être rassemblées », a expliqué Barman.

Un autre but est « d'avoir une armée de Zainabiyat sur internet travaillant à améliorer l'image de la milice », a-t-il ajouté.

Les membres du bataillon diffusent des actualités et des rumeurs, et œuvrent pour embellir l'image des Houthis sur les réseaux sociaux, a-t-il déclaré.

Mais l'utilisation principale du bataillon Zainabiyat par les Houthis consiste à envoyer ses membres armées attaquer des maisons, arrêter et enlever des militantes, et s'en prendre à des manifestations organisées par des femmes, comme cela a été le cas à Sanaa, a-t-il rapporté.

De nombreuses militantes ont été frappées par des membres de Zainabiyat, parmi lesquelles Salwa Ahmed, qui a déclaré à Al-Mashareq avoir été « battue avec des bâtons et des fusils » lorsqu'elle a défilé avec des militants du CGP lors de la manifestation appelée la « Marche des roses ».

Lors de cette marche, les militants ont porté des roses jusqu'au domicile du président Saleh après son assassinat.

« Un outil de répression »

« La brigade Zainabiyat a franchi une étape en ne se contentant plus seulement d'attaquer des maisons et de terroriser des familles en pillant leurs domiciles et en volant leurs objets de valeur, leur or et leurs bijoux », a affirmé le journaliste Mounir Talal à Al-Mashareq.

Ses membres ont commis ces actes lors de raids visant spécifiquement les maisons de dirigeants du CGP le 2 décembre, a-t-il précisé.

Zainabiyat ne suit aucune règle ou loi, a-t-il poursuivi, et « est utilisée comme un outil de répression pour humilier les adversaires et maltraiter leurs familles et leurs biens ».

La création de la brigade Zainabiyat peut aussi être attribuée à la « grave pénurie en hommes » auquel les Houthis sont confrontés à cause des pertes de combattants sur les champs de bataille, a rapporté le politologue Yassin al-Tamimi à Al-Mashareq.

Certaines femmes ont perdu leur mari dans la guerre en cours, et elles peuvent être motivées par un désir de vengeance, a-t-il poursuivi, un sentiment exploité lorsqu'il leur est ordonné de « commettre des actes violents comme des assauts, des raids et de l'intimidation psychologique ».

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