Économie |
2018-06-12

La Jordanie peine à répondre à la demande croissante en eau

Des hommes remplissent un conteneur d'eau dans le camp de réfugiés de Zaatari en Jordanie, qui abrite près de 80 000 réfugiés syriens, le 13 novembre. [Khalil Mazraawi/AFP]

La Jordanie a du mal à répondre à la demande croissante en eau pendant le ramadan et les mois d'été les plus chauds, en particulier dans les gouvernorats du nord, qui accueillent la majorité des réfugiés syriens.

Mirza Oweimer, un réfugié syrien venu s'installer il y a sept ans avec les cinq membres de sa famille près de la ville d'al-Ramtha, dans le nord du pays, fait partie de ceux qui souffrent de ce manque d'eau.

Malgré les efforts continus du gouvernement jordanien pour renforcer l'alimentation en eau des gouvernorats du nord, la situation ne s'est pas améliorée, a-t-il expliqué.

« Les choses empirent en particulier en été et maintenant, pendant le mois sacré du ramadan », a-t-il ajouté.

Oweimer a déclaré devoir acheter un conteneur d'eau tous les dix ou douze jours, ce qui lui coûte près de 11 dinars jordaniens (15,49 USD). Il se rend également régulièrement à al-Ramtha pour y chercher de l'eau potable.

Hausse de la demande en eau

« La Jordanie est considérée comme le troisième pays le plus pauvre au monde en termes de ressources hydrologiques », a expliqué Omar Salameh, porte-parole du ministère de l'Eau et de l'Irrigation.

Elle présente la plus faible consommation d'eau par habitant au monde, a-t-il ajouté.

« Les quantités d'eau limitées que possède la Jordanie suffisent pour trois millions de personnes », a expliqué à Al-Mashareq l'hydrologue Elias Salameh.

Or, la population jordanienne « dépasse désormais les 6,7 millions, auxquels viennent s'ajouter les réfugiés en provenance de Syrie, d'Irak et d'ailleurs, et les travailleurs étrangers », a-t-il ajouté.

Les gouvernorats du nord, qui accueillent la plus grande partie de la population réfugiée syrienne, sont les plus touchés par les pénuries d'eau, a poursuivi ce spécialiste.

« Parmi les défis que doit relever la Jordanie se trouve l'approvisionnement en eau d'1,4 million de réfugiés syriens », a expliqué Omar Salameh. « Dans les régions du nord, la demande a augmenté de plus de 40 %. »

« Le manque de financements permettant de mettre en œuvre des projets liés à l'eau, la réduction de l'aide internationale pour faire face à la crise des réfugiés syriens en Jordanie, et les coûts élevés de l'électricité ont exacerbé le problème », a-t-il poursuivi.

Les besoins des réfugiés épuisent les ressources déjà limitées de la Jordanie, et le pays ne peut désormais plus fournir que 150 mètres cubes d'eau par personne et par an, bien en deçà des 500 mètres cubes que les Nations unies considèrent comme le seuil de pénurie en eau.

Graves pénuries d'eau

Dans le gouvernorat de Mafraq, au nord du pays, qui abrite l'énorme camp de réfugiés de Zaatari, Mohammad Awad, un habitant local, a expliqué à Al-Mashareq qu'il n'y a plus d'eau depuis deux semaines.

« Avant la crise syrienne, nous recevions de l'eau deux fois par semaine, maintenant ce n'est qu'une fois par semaine », a-t-il indiqué, et une fois seulement toutes les deux semaines durant les mois d'été.

La principale raison pour ces pénuries d'eau dans les régions du nord-est que la population réfugiée syrienne est concentrée dans le nord de la Jordanie où elle partage des ressources limitées en eau avec la population locale.

Le ministère de l'Eau s'efforce de renforcer l'approvisionnement en eau dans les gouvernorats du nord de la Jordanie, a poursuivi Omar Salameh.

Le ministère a élaboré des plans pour répondre à ces défis par l'intermédiaire de nouveaux réseaux qui visent à réduire les pertes « et à parvenir à la transparence et la justice dans la distribution de l'eau ».

« Le développement de certaines méthodes agricoles aidera également à rationaliser la quantité d'eau allouée », a-t-il ajouté.

Mettre un terme à la consommation illégale de l'eau

« Allouer de plus grandes quantités d'eau aux gouvernorats du nord est certes une sage politique, mais le contrôle et l'arrêt de l'usage illégal de l'eau potable pour l'irrigation est une entreprise de grande ampleur » pour le ministère, a expliqué l'hydrologue Salameh.

« Il convient de mettre un terme aux fuites, car c'est un moyen financièrement plus efficace d'augmenter la disponibilité de l'eau potable », a-t-il affirmé.

Ces trois dernières années, l'utilisation illégale de l'eau potable a atteint plus de 5 000 mètres cubes par jour dans certaines exploitations, a-t-il poursuivi, une quantité qui suffirait à répondre aux besoins domestiques de près de 60 000 Jordaniens, soit une petite ville.

À long terme, les nouveaux projets mis en œuvre portent sur « le doublement de la capacité de la station de désalinisation d'Aqaba, pour la porter à 10 millions de mètres cubes, et la poursuite de la phase deux du projet Disi de transport d'eau à Wadi Araba », a précisé Omar Salameh.

Ce projet fournira 30 millions de mètres cubes destinés à alimenter les gouvernorats du nord d'ici le début de l'année 2019, a-t-il expliqué.

D'autres projets concernent l'extension de l'usage d'une eau traitée pour « l'agriculture contrôlée », en la doublant pour atteindre 240 millions de mètres cubes d'ici 2025, et en augmentant la capacité de certains barrages à 400 millions de mètres cubes d'ici 2020, a-t-il conclu.

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