Économie |
2018-06-07

Les Égyptiens subissent l'austérité alors que l'économie se stabilise

Des gens font la queue pour monter dans une rame dans une station de métro du Caire le 28 mai. Bien que l'économie égyptienne affiche des signes de reprise, les habitants sont confrontés à l'augmentation des prix de l'eau, de l'électricité, du carburant et du métro. [Khaled Desouki/AFP]

Bien que l'économie égyptienne montre des signes de reprise, les habitants subissent d'importantes hausses de prix, de l'eau aux tickets de métro.

À la station de métro d'al-Zahraa au Caire, située parmi les immeubles de brique rouge d'un quartier à revenus moyens, Omm Mohamed, âgée de 46 ans, déplore les réformes économiques du gouvernement.

« Le fardeau est trop lourd, il est devenu impossible à porter », a-t-elle déclaré, ajoutant que l'augmentation du prix du ticket de métro a surtout touché sa fille, qui prend ce moyen de transport pour se rendre à son travail, dans un hôpital privé.

En plus du prix du métro, la fille d'Omm Mohamed, qui gagne un « modeste salaire », fait partie des Cairotes qui doivent prendre des tuk-tuks et des microbus pour se rendre au travail.

Le 11 mai, le ticket de métro uniforme à deux livres égyptiennes (0,11 USD) a été remplacé par des tarifs allant de trois à sept livres (de 0,16 USD à 0,39 USD). Il y a à peine un an, les tickets ne coûtaient qu'une livre (0,05 USD).

Ces dernières augmentations des tarifs ont provoqué le mois dernier des manifestations, lors desquelles les forces de sécurité ont arrêté une trentaine de personnes et en ont relâché certaines par la suite.

« Le fardeau sera doublé »

Les mesures d'austérité égyptiennes sont liées à douze milliards de dollars de prêts du Fonds monétaire international obtenus par Le Caire afin d'alléger une crise budgétaire qui a fait augmenter son déficit à 12,5 % du produit intérieur brut (PIB) en 2015-2016.

Samedi 2 juin, le gouvernement a annoncé l'augmentation du prix de l'eau potable, allant dans certains cas jusqu'à 45 %.

D'autres mesures vont suivre, dont l'augmentation des prix de l'électricité en juillet.

« Le fardeau sera doublé », a affirmé Omm Mohamed.

Cherchant à réduire le déficit du pays, les autorités ont également instauré une taxe sur la valeur ajoutée, ont réduit les subventions sur les carburants, et ont augmenté le prix de l'électricité.

Les responsables parlent régulièrement de nouvelles augmentations du prix de l'électricité et d'une réduction des subventions sur les carburants, incitant les médias à préparer le public à ces changements.

La semaine dernière, le journal Al-Ahram a ainsi fait sa une sur le prix du pétrole, indiquant que les subventions sur les carburants coûtent annuellement 104 milliards de livres (5,8 milliards de dollars) au Trésor public.

Le gouvernement doit encore annoncer l'ampleur de la prochaine hausse des prix et de la réduction des subventions.

Mais pour Alia al-Mahdi, professeur d'économie à l'université du Caire, les manifestations pour le prix du métro ont tiré « la sonnette d'alarme ».

« Les Égyptiens ont subi de nombreux chocs au cours des deux dernières années, avec des augmentations de prix successives », a-t-elle déclaré.

La hausse du prix du ticket de métro a vu à lui seul les coûts de transport passer de 5 ou 6 % à 20 % des dépenses totales des Égyptiens défavorisés, a expliqué al-Mahdi.

Des « sacrifices » sont nécessaires

Cette hausse des prix survient dans un contexte de reprise économique, la croissance de l'année écoulée passant de 4,2 % à 5,2 %.

Dans le même temps, l'inflation a chuté à 12,9 % en avril, après avoir atteint son niveau maximum de 34,2 % en juillet dernier.

Le taux de chômage a chuté, atteignant 10,6 % au cours du premier trimestre 2018, contre 12 % l'année précédente, selon le bureau des statistiques du gouvernement.

Malgré les chiffres positifs pour l'économie nationale, la hausse des prix a impacté de façon disproportionnée les faibles revenus, d'après Omar Adly, membre de l'Université américaine du Caire.

« Il existe d'autres façons de réduire le déficit budgétaire, qui permettraient de réduire l'impact sur les classes pauvres et moyennes », comme des hausses d'impôts, a affirmé Adly, professeur de développement.

Mais selon le FMI, la pilule amère de la réforme s'avérera bénéfique pour tous.

« Bien que le processus ait demandé des sacrifices sur le court terme, les réformes ont été cruciales pour stabiliser l'économie », a déclaré le Fonds le 17 mai.

Une telle réforme économique « posera les fondements d'une croissance forte et durable, qui améliorera les conditions de vie de tous les Égyptiens », a-t-il conclu.

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Di blue bubble 1 COMMENTAIRE (S)

Saad Eid | 2018-06-14

Pour alléger le fardeau sur les pauvres et les gens à faible revenu, le gouvernement égyptien doit rechercher ceux qui ont amassé leurs fortunes en volant les fonds de l'Etat et promulguer une loi qui remet en cause la source de cette richesse. Ce n'est pas logique qu'un employé qui a un salaire de 2000 livres égyptiennes ait une fortune de 100 millions ! Où est le contrôle administratif? Malheureusement, les gens honnêtes en Egypte souffrent des effets de la hausse des prix, et les voleurs chantent à l'amour de l’Egypte même s'ils ont volé l’Egypte et sa richesse.

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