Médias |
2018-05-11

Dangers et répression pour les journalistes à Sanaa

Des journalistes yéménites agitent des banderoles en soutien à leurs collègues détenus dans les prisons houthies du Yémen, lors d'une conférence de presse de l'envoyé spécial des Nations unies au Yémen, au ministère de l'Information à Koweït City, sur cette photo d'archive datée du 5 mai 2016. [Yasser al-Zayyat/AFP]

Sanaa est devenue une ville inhospitalière pour les journalistes en termes de liberté de la presse et de liberté d'expression, en raison des restrictions imposées par les Houthis (Ansarallah) appuyés par l'Iran, révèle un récent rapport.

Plus de 400 journalistes yéménites ont ainsi été déplacés par la guerre en cours, selon un rapport du Centre d'études et des médias économiques publié le 8 mai.

Ils ont été obligés de partir travailler ailleurs, au Yémen comme à l'étranger, par crainte pour leur vie et pour éviter d'être poursuivis ou pris pour cible.

Ces derniers mois, plusieurs journalistes en poste au Yémen ont été enlevés et assassinés, et un groupe de presse d'Aden a été victime d'un incendie criminel.

Selon ce rapport, Sanaa est la ville la plus dangereuse pour les journalistes en raison de « l'intense répression des libertés des journalistes en poste au Yémen dans la ville ».

Ce sont au total 86 % des journalistes de la ville qui ont été contraints de partir. Sanaa est suivie par Taez (5 %), Aden (3 %), al-Hodeidah (2 %) et la province de l'Hadramaout (1 %).

Parmi ces journalistes contraints de fuir, 30 % sont partis vers d'autres régions du Yémen, les 70 % restants ayant fui le pays en raison des violations de plus en plus nombreuses commises à leur encontre de la part de différentes parties, a précisé ce rapport.

Sur ces 70 % qui ont fui le Yémen, 30 % ont choisi l'Égypte, 28 % se sont réfugiés en Arabie saoudite, 10 % sont partis en Turquie, le reste vers d'autres pays, a poursuivi ce rapport.

Aden a attiré le plus grand nombre de journalistes déplacés à l'intérieur du Yémen, et 30 % de ceux qui ont été déplacés en interne y travaillent désormais.

Agressions contre des journalistes

« Les Houthis ont commis divers types d'agressions contre les journalistes, notamment des arrestations, des raids et des procès intentés suite à des accusations fabriquées de toutes pièces », a expliqué à Al-Mashareq Moustafa Nasr, directeur du Centre d'études et des médias économiques.

« Douze journalistes sont encore en prison dans l'attente de leur procès sur de fausses accusations », a-t-il ajouté. « De nombreux journalistes qui ont fui Sanaa ont reçu des menaces, et certains ont même été agressés du fait de leur opposition à la politique des Houthis. »

« Il n'existe aucune liberté d'expression à Sanaa », a-t-il ajouté.

« Les seules organisations des médias qui y sont autorisées sont celles qui sont affiliées aux Houthis ; ils ont fermé tous les autres organes de presse après les avoir attaqués et avoir arrêté leurs membres. »

Selon Moussa al-Namrani, journaliste et militant des droits de l'homme, « les Houthis préfèrent diriger des zones où il n'y a aucun journaliste d'opposition ou objectif ».

« Dans les zones qu'ils contrôlent, il n'existe aucun espace de liberté pour des médias autres que leurs médias de guerre, qui mobilisent des combattants pour les divers fronts », a-t-il poursuivi pour Al-Mashareq.

« À leurs yeux, tous ceux qui ne contribuent pas à cet effort sont des ennemis », a-t-il déclaré.

Les Houthis ont déjà traité ainsi les médias par le passé, a-t-il ajouté, soulignant que la milice « a expulsé des organismes des médias, des journalistes indépendants et d'autres reporters de Saada ».

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