Économie |

2018-04-09

Onze milliards de dollars promis au Liban lors de la conférence CEDRE


Le président français Emmanuel Macron serre la main du Premier ministre libanais Saad al-Hariri lors de la conférence internationale CEDRE le 6 avril à Paris. [Ludovic Marin/POOL/AFP]
Le président français Emmanuel Macron serre la main du Premier ministre libanais Saad al-Hariri lors de la conférence internationale CEDRE le 6 avril à Paris. [Ludovic Marin/POOL/AFP]

Vendredi 6 avril, les bailleurs de fonds internationaux ont promis 11 milliards de dollars en prêts concessionnels et en dons pour soutenir le plan d'investissement du Liban, à condition qu'il mette en œuvre une série de réformes.

Cette aide, promise lors de la conférence CEDRE à Paris vendredi 6 avril, met en évidence l'inquiétude internationale quant à la situation économique et financière au Liban, qui souffre des retombées de la guerre en Syrie.

Elle prouve également le désir de la communauté internationale de préserver la stabilité au Liban, le Premier ministre Saad al-Hariri, ayant cherché ce soutien international, déclarant que cette conférence « n'est pas que pour la stabilité du Liban ».


Le Premier ministre libanais Saad al-Hariri prononce un discours lors de la conférence CEDRE le 6 avril au ministère des Affaires étrangères à Paris. Les bailleurs de fonds internationaux ont promis au Liban 11 milliards de dollars en prêts à faible intérêt et en aide lors d'une conférence à Paris, pour éviter une crise économique dans ce pays lourdement touché par les retombées du conflit syrien. [Ludovic Marin/POOL/AFP]
Le Premier ministre libanais Saad al-Hariri prononce un discours lors de la conférence CEDRE le 6 avril au ministère des Affaires étrangères à Paris. Les bailleurs de fonds internationaux ont promis au Liban 11 milliards de dollars en prêts à faible intérêt et en aide lors d'une conférence à Paris, pour éviter une crise économique dans ce pays lourdement touché par les retombées du conflit syrien. [Ludovic Marin/POOL/AFP]

« C'est pour la stabilité de la région, et donc de notre monde », a-t-il déclaré.

Des représentants de cinquante-et-un États, de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international, et d'institutions financières régionales et internationales y ont participé.

Ils ont juré d'aider la croissance économique du Liban et ont offert d'importants investissements pour aider le pays à améliorer son infrastructure de base.

Le grand nombre de participants à cette conférence a témoigné de la forte mobilisation internationale et régionale en faveur du Liban « pour l'encourager à poursuivre sa politique de dissociation et à éviter les conflits régionaux, et pour le protéger contre les guerres qui font rage autour de lui », a déclaré le président français Emmanuel Macron lors de la session de clôture.

Plus de 11 milliards de dollars en promesses

Les participants ont promis plus de 11 milliards de dollars en prêts concessionnels et en dons, à condition que le pays poursuive ses réformes.

La Banque mondiale a promis 4 milliards de dollars sur cinq ans, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement 1,1 milliard d'euros (1,35 milliard de dollars) sur six ans, le Fonds saoudien de développement 1 milliard de dollars. La Banque européenne d'investissement s'est engagée à apporter 800 millions d'euros (981 millions de dollars), la Banque islamique pour le développement 750 millions de dollars sur cinq ans, la France a promis 550 millions d'euros (675 millions de dollars) sur quatre ans, le Fonds koweïtien a promis d'abonder 500 millions de dollars sur cinq ans, le Qatar promettant pour sa part 500 millions de dollars sur cinq ans. Les Pays-Bas ont promis entre 200 et 300 millions d'euros (368 millions de dollars), la Turquie 200 millions de dollars. L'Union européenne a promis 150 millions d'euros (184 millions de dollars), l'Allemagne 120 millions d'euros (147 millions de dollars). Enfin, les États-Unis ont promis 115 millions de dollars.

« Malgré les événements favorables récents, le Liban est toujours confronté à d'énormes difficultés », peut-on lire dans la déclaration finale. « Le conflit syrien, les déplacements de populations et l'arrivée massive de réfugiés au Liban ont affecté l'économie, l'infrastructure et les services sociaux du Liban. »

« Le taux de chômage, qui était déjà élevé, a encore augmenté, surtout chez les jeunes. Plus de 200 000 Libanais ont atteint le seuil de pauvreté. Ce sont-là des difficultés majeures pour le Liban, qui rend service au monde entier en accueillant les déplacés. »

La vision du gouvernement libanais

« Aujourd'hui, le défi est de renverser la tendance en termes de croissance, de pauvreté et de chômage », a déclaré al-Hariri, présentant la vision du gouvernement, qui est basée sur quatre piliers interconnectés.

Premièrement, renforcer les investissements dans l'infrastructure en mettant en place un programme ambitieux de dépense d'investissement.

Deuxièmement, garantir que le programme d'investissement est mis en œuvre dans un cadre financier exhaustif et avec des dettes viables, grâce à des mesures fiscales visant à réduire le déficit budgétaire de 5 % en cinq ans.

Troisièmement, mettre en place les réformes structurelles dont le Liban a besoin pour concrétiser son potentiel de croissance durable, le secteur privé jouant un rôle majeur, tout en améliorant la justice sociale.

Ces réformes incluent la lutte contre la corruption, l'amélioration de l'administration fiscale, la restructuration et la modernisation du secteur public, l'amélioration des procédures de passation de marché, la mise à niveau et la rationalisation des douanes, la numérisation du gouvernement, la création d'un meilleur environnement commercial, et le fait de rendre les secteurs plus efficaces et plus durables.

Quatrièmement, développer une stratégie pour diversifier les secteurs productifs et concrétiser le potentiel d'exportation du Liban.

Inquiétudes quant à l'augmentation des dettes

« La conférence CEDRE a offert un merveilleux cadeau au Liban, mais sous condition de réformes », a déclaré le député libanais du Parti socialiste progressiste Walid Joumblatt, dans un message sur les réseaux sociaux.

« Effectuerons-nous le travail nécessaire ? Ou cette conférence se terminera-t-elle comme les autres, dans les labyrinthes des promesses, de la corruption et de l'oubli ? »

« Nous avons entendu [certains émettre des critiques] sur le fait que cet argent est une dette pour le Liban », a rapporté le ministre des Télécommunications Jamal al-Jarrah à Al-Mashareq. « Mais nous posons la question : comment pouvons-nous fournir de l'électricité sans cet argent ? »

« Le succès de la conférence CEDRE est une victoire pour la politique prudente du Premier ministre Saad al-Hariri, qui a opté pour la stabilité et le calme afin de créer une atmosphère favorable aux investissements », a déclaré Nohad al-Machnouk, ministère de l'Intérieur et des Municipalités.

Pour le député libanais Nadim Gemayel, « la victoire n'est pas l'obtention de 11 milliards de dollars grâce à la conférence CEDRE, mais la façon de dépenser ces fonds pour assurer les réformes nécessaires et mettre un frein à la corruption et au gâchis ».

La plus grande victoire sera de trouver les moyens de rembourser cette dette, a-t-il affirmé.

La balle est désormais dans le camp du Liban, a déclaré Antoine Haddad, analyste économique et leader du Mouvement du renouveau démocratique.

La communauté internationale a prouvé qu'elle était prête à parier sur l'avenir du Liban, et c'est maintenant au Liban de regagner sa confiance, a-t-il expliqué à Al-Mashareq.

« Cette aide internationale dépend des réformes radicales qui peuvent faire à elles seules de la conférence CEDRE et de ses conclusions une opportunité pour sortir le Liban d'un abîme économique et social », a-t-il poursuivi.

Rome II : Promesses d'aide militaire

À la mi-mars, le Liban a présenté une stratégie de cinq ans lors de la conférence Rome II, détaillant aux pays donateurs les besoins de l'armée et des agences de sécurité pour le maintien de la stabilité, et il a reçu des promesses d'aide.

Al-Hariri a rapporté que cette conférence avait reflété l'intérêt international pour la sécurité et la stabilité au Liban, et que certains projets présentés par des institutions militaires et de sécurité avaient reçu « une attention importante ».

« Nous sommes ici pour établir la confiance, car nous avons reconnu que la sécurité du Liban est la sécurité de la région », a-t-il déclaré lors de cette conférence.

« Cette conférence a suscité des espoirs positifs d'assistance militaire pour le Liban, qui prendra effet à sa mise en œuvre », a rapporté le général de brigade Maroun Hitti, conseiller auprès du Premier ministre sur les questions de défense et de sécurité.

Les détails concernant l'aide sont confidentiels, a-t-il indiqué à Al-Mashareq, car ils sont liés aux affaires de défense et de sécurité.

Les plans du président Michel Aoun pour une nouvelle stratégie de défense nationale ont également été abordés, a fait savoir Hitti, ajoutant que « les participants à la conférence ont exprimé leur encouragement et leur soutien au président Aoun pour qu'il poursuive ce plan ».

« L'unification de la vision libanaise sur le sujet de la défense avec un texte signé par tous les partis libanais tracerait un chemin clair qui ne pourrait être nié, ignoré ou dépassé par aucun parti politique », a-t-il conclu.

Junaid Salman à Beyrouth a contribué à cet article.

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