Manifestations |
2018-03-05

L'Iran veut cacher la dissidence interne, indiquent des analystes

Des Iraniens ont manifesté dans plusieurs villes du pays fin décembre et début janvier pour protester contre les conditions économiques. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

Les récentes tentatives de l'Iran pour réprimer la dissidence et cacher les manifestations antigouvernementales montrent que le régime est prêt à tout pour occulter l'instabilité interne, alors qu'il tente d'exercer son pouvoir ailleurs dans la région, ont déclaré des militants et des universitaires.

Du 28 décembre au 1er janvier, des manifestants ont protesté dans tout le pays contre l'état déplorable de l'économie, dont de nombreux ont opposé l'utilisation par le régime iranien des ressources du pays pour soutenir ses mandataires, tels que le Hezbollah libanais et le régime syrien.

certains appelant même à un changement de régime.

Des contestataires iraniens lors de récentes manifestations à Téhéran et ailleurs dans le pays. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

Selon les autorités, vingt-cinq personnes ont trouvé la mort dans ces agitations.

« Depuis le début de la révolution islamique qui a renversé le shah [Mohammad Reza Pahlavi], le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) a cherché à s'étendre au-delà des frontières iraniennes », a fait savoir Haider Hamidi, militant iranien des droits de l'homme.

Il l'a fait en tentant d'exporter la révolution pour de fausses raisons – en prétendant soutenir les opprimés – et a en partie réussi dans certains pays arabes, en recrutant des chiites pour qu'ils se battent pour sa cause, a-t-il expliqué à Al-Mashareq.

Mais désormais, les manifestations populaires et ce qu'elles révèlent sur la pauvreté et la situation économique en déclin en Iran « saperont sans aucun doute la stabilité du CGRI », a-t-il déclaré.

« Les gens s'interrogeront : comment pouvez-vous soutenir les opprimés, alors que vous opprimez et appauvrissez votre propre peuple ? », a ajouté Hamidi.

Beaucoup d'Iraniens vivent sous le seuil de pauvreté, a-t-il poursuivi, soulignant que le régime n'hésite pas à tuer les jeunes mécontents lorsqu'ils participent à des manifestations pour protester contre leur situation.

« Les conflits régionaux auxquels participe l'Iran et les affrontements populaires sur son territoire affaiblissent le CGRI et nuisent à ses rêves d'expansion, alors il essaie, par tous les moyens criminels allant à l'encontre des droits de l'homme, non seulement de réduire au silence les voix de l'opposition, mais carrément de les éliminer », a-t-il indiqué.

Masquer l'instabilité interne

« Le CGRI s'est récemment trouvé confronté à un sérieux dilemme », a rapporté Abbas Mohammadi, enseignant à la faculté de droit de l'université de Téhéran.

« Alors qu'il tente de se présenter comme une force invincible en dehors du pays, en particulier en Syrie, en Irak, au Yémen et au Liban, son front interne commence à faillir », a-t-il déclaré à Al-Mashareq, utilisant un pseudonyme pour sa sécurité.

Cela commence à éroder l'image de puissance que le CGRI utilise pour imposer son contrôle, a-t-il expliqué.

Les manifestations en cours confirment l'instabilité interne de l'Iran et le font paraître « faible », a-t-il indiqué, ce qui compromettra sans doute ses ambitions régionales et son rêve de contrôler le Moyen-Orient.

Ainsi, a-t-il poursuivi, « nous voyons les autorités en charge de la sécurité et toutes les branches du CGRI faire leur possible, par tous les moyens, pour cacher la révolte populaire dans plusieurs régions d'Iran ».

Il a ainsi recours « à de la contre-propagande qui nie les faits, ainsi que par la manipulation et la coupure des services internet et le blocage des réseaux sociaux, qui sont devenus le moyen le plus efficace utilisé par les jeunes contestataires pour signaler des événements dans le monde entier », a-t-il ajouté.

Blocage des services internet

Zahra Dost Mohammadi, étudiante à la faculté de droit de l'université de Téhéran, a déclaré à Al-Mashareq avoir participé à plusieurs manifestations dans la ville, dans le cadre de divers groupements de jeunes étudiants.

« Malgré l'enthousiasme et le courage des manifestants, il y a un sentiment partagé de crainte à cause de la possibilité d'être tué par la police locale ou secrète », a-t-elle relaté.

« Les manifestants essaient autant qu'ils peuvent d'éviter d'être arrêtés, parce qu'ils savent très bien quel destin les attend dans les centres de détention et les prisons », a-t-elle ajouté.

Les autorités essaient ouvertement et publiquement de « couper les communications entre les Iraniens chaque fois qu'elles détectent la moindre opposition », a-t-elle rapporté.

Elles y parviennent en coupant les services internet, a-t-elle expliqué, « totalement ou en les limitant à tel point qu'ils sont sans effet, et parfois en bloquant les principaux réseaux sociaux utilisés par les jeunes manifestants ».

Ainsi les plateformes sociales Twitter et Telegram sont-elles régulièrement bloquées, a-t-elle poursuivi.

« Ce faisant, [le régime iranien] a partiellement bloqué les communications internes et a en partie réussi à empêcher toute transmission d'informations au monde extérieur », a-t-elle déclaré.

Il s'agit pour elle d'un « effort délibéré de la part des autorités de cacher ce qui se passe dans les rues et la société iraniennes et pour toujours maintenir son image favorable afin de préserver son prestige ».

« Force excessive contre les manifestants »

« Le régime en place ne fait aucune différence entre un adulte, un enfant, un jeune manifestant au début de sa vie, un universitaire ou un vieillard », a affirmé le professeur Abbas Mohammadi.

« Tous les opposants du régime sont considérés comme égaux et promis à un sombre destin », a-t-il poursuivi.

« Les conditions et le niveau de sensibilisation sont désormais différents, alors la répression est la seule solution utilisée par le régime pour faire taire la voix de l'opposition », a-t-il ajouté.

L'utilisation de « la force excessive contre les manifestants et les opposants au régime a entraîné la mort de nombreux militants et manifestants », a rapporté Hamidi.

Des militants font tout pour connaître le sort de milliers de détenus, dont plusieurs sont morts en prison, et pour exposer au grand jour les pratiques et les conditions inhumaines de détention, a-t-il expliqué.

Le nombre de prisonniers morts en détention reste inconnu, a-t-il fait savoir, car les informations en provenance des prisons et des centres de détention ne filtrent que très peu.

« Les détenus sont privés de leurs droits légaux, civils et humains les plus élémentaires, et ils n'ont pas droit à un avocat ni à contacter leurs familles », a-t-il rapporté.

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