Économie |

2018-02-01

La milice houthie saisit les comptes bancaires des « traîtres »


Des passants près de la Banque centrale du Yémen à Sanaa le 25 août 2016. La banque de Sanaa est désormais sous le contrôle des Houthis, qui ont récemment décidé de saisir les comptes d'opposants politiques. [Mohammed Huwais/AFP]
Des passants près de la Banque centrale du Yémen à Sanaa le 25 août 2016. La banque de Sanaa est désormais sous le contrôle des Houthis, qui ont récemment décidé de saisir les comptes d'opposants politiques. [Mohammed Huwais/AFP]

La récente tentative des Houthis de saisir les avoirs financiers de 1 223 personnalités publiques, parmi lesquelles des ministres, des militants politiques et des opposants à la milice, n'est pas cautionnée par la constitution du Yémen, affirment des experts juridiques à Al-Mashareq.

Le 26 décembre, la Banque centrale du Yémen à Sanaa, contrôlée par la milice houthie, elle-même appuyée par l'Iran, a publié un décret ordonnant aux banques de saisir certains comptes à titre de « précaution ».

Parmi les titulaires de ces comptes se trouvent le président Abdrabbo Mansour Hadi, plusieurs ministres de son gouvernement, des militants politiques, des opposants au coup d'État des Houthis et des dirigeants de haut et moyen niveau de partis politiques.

Ce décret, publié sur ordre du vice-ministre de l'Intérieur des Houthis, Abdoul-Hakim al-Khaiwani, a tenté de justifier cette action en prétendant que ces comptes appartenaient à des « traîtres » fidèles au gouvernement légitime de Hadi.

Infraction à la constitution du Yémen

« Personne n'est autorisé à saisir l'argent d'une personne ou d'un parti sans l'ordonnance d'un tribunal », a expliqué l'expert juridique et avocat Abdel-Rahman Berman à Al-Mashareq.

« La constitution yéménite assure une protection spéciale aux biens personnels et interdit leur saisie ou leur confiscation sans l'ordonnance d'un tribunal », a-t-il fait savoir.

« Les Houthis mènent des actions de gangsters : le vol et le pillage de l'argent des autres », a-t-il ajouté, soulignant le décret de « saisie précautionnelle » n'a pas de fondement juridique.

« Les Houthis ont publié ces décrets sans fondement juridique », a affirmé l'avocat et militant des droits de l'homme Faisal al-Majidi à Al-Mashareq.

La constitution du Yémen « interdit la création de tribunaux extraordinaires et de services de poursuites », a-t-il expliqué.

« La situation est désormais pire, car ils ont renvoyé tous les juges d'État et les ont remplacés par des membres de leurs milices, à commencer par le Conseil supérieur de la magistrature et le ministère public ainsi que le ministère de la Justice », a-t-il indiqué.

« Les décrets de saisie sont politiques et n'offrent pas de procès équitables », a-t-il ajouté, soulignant « l'illégitimité du système juridique actuel, qui est mis en place par une milice sans légitimité ».

Al-Majidi a décrit la saisie par les Houthis des comptes en banque de leurs opposants comme « un acte de voyou et une usurpation de fonds privés ».

Une série de mesures répressives

La Banque centrale du Yémen à Aden, contrôlée par le gouvernement légitime, a ordonné aux banques d'ignorer le décret des Houthis le 26 décembre.

Dans un autre décret, les Houthis ont demandé à toutes les banques de divulguer le solde et les dépôts des comptes de dizaines de dirigeants du Congrès général du peuple (CGP) et de proches du défunt président Ali Abdallah Saleh.

La milice a publié le 2 janvier une demande d'informations sur les comptes et les soldes de leaders du CGP et d'entreprises qu'ils possèdent, suite à l'appel du 2 décembre lancé par Saleh à une révolte populaire contre les Houthis.

« Cette action intervient dans le cadre d'une série de mesures répressives », a déclaré le journaliste Abdoul-Wali al-Muthabi à Al-Mashareq.

« Ces gangs sont nés en dehors de la loi et ils ne reconnaissent pas ce mot, ainsi toutes leurs activités sont illégales et ils continuent de commettre leurs crimes à la vue de tous », a-t-il indiqué.

« Nous ne sommes pas surpris par cet acte », a-t-il ajouté, notant que la milice a récemment lancé un raid contre plusieurs banques, bureaux de change et sociétés de transfert d'argent de Sanaa, et a confisqué de fortes sommes en liquide et en plusieurs devises.

Aimez-vous cet article?

Al icons no 14

1 COMMENTAIRE (S)

* INDIQUE CHAMP NÉCESSAIRE
Captcha
العولقي | 2018-02-03

Les Houthis sont les plus grands traîtres et tricheurs. Qu'ont-ils donné au peuple yéménite? Ils ont volé toutes les réserves de l'Etat. Ils imposent des droits de douanes et des taxes sur tous les produits. Ils ne paient pas les salaires des employés. Ils ont volé toutes les armes de l'armée. Nous étions optimistes à leur sujet, mais il s'est avéré qu'ils n'étaient que des voleurs et des voyous sanguinaires. Ils n'ont pas de projet pour construire l'état. Ils viennent de détruire ce qui avait été construit en 30 ans. Leurs alliés n'ont apporté aucun soutien au Yémen, pas même une tente!

Répondre