Droits de l'Homme |

2018-01-16

Réinsertion d'anciens enfants soldats au Yémen


La Fondation Wethaq pour l'orientation civile a terminé la seconde phase de son programme de réhabilitation pour enfants dans les provinces d'Amran et de Taez le 23 décembre. [Photo fournie par la Fondation Wethaq pour l'orientation civile]
La Fondation Wethaq pour l'orientation civile a terminé la seconde phase de son programme de réhabilitation pour enfants dans les provinces d'Amran et de Taez le 23 décembre. [Photo fournie par la Fondation Wethaq pour l'orientation civile]

Des enfants touchés par la guerre et des enfants soldats au Yémen reçoivent de l'aide pour se réinsérer dans la société grâce à un programme financé par le Centre du roi Salman pour l'aide humanitaire (CRSAH).

Ce programme est mis en œuvre par un partenaire local, la Fondation Wethaq pour l'orientation civile, avec la supervision du CRSAH.

Il a pour but d'aider les enfants soldats et les enfants traumatisés par la guerre au Yémen, ainsi que leurs parents et les membres de leur famille.

Pendant sa première et sa deuxième phase, qui ont duré quatre mois et ont pris fin le 23 décembre, le projet s'est adressé à quatre-vingts garçons dans les provinces de Mareb, al-Jawf, Taez et Amran.

Une nouvelle phase du projet sera mise en place pendant toute l'année 2018, qui visera à étendre les services aux enfants et aux familles de la province de Sanaa, en particulier aux filles, selon Wethaq.

Près de deux mille filles affectées par la guerre devraient bénéficier de cette initiative.

Durant ses deux premières phases, le projet a cherché à réhabiliter des enfants soldats, quel que soit leur passé ou leur affiliation politique, et à les protéger d'autres mauvaises influences.

En plus d'aider les enfants à se réintégrer dans la société, le projet inclura une composante d'analyse qui fournira des recommandations afin de lutter de façon proactive contre le recrutement d'enfants soldats.

Les militants yéménites des droits de l'homme avec lesquels Al-Mashareq s'est entretenu ont souligné l'importance du programme de réhabilitation des enfants soldats, appelant à davantage d'actions de ce type afin de servir le plus d'enfants soldats possible.

Enfants soldats de la guerre du Yémen

Le Yémen est signataire de la Convention relative aux droits de l'enfant de l'ONU, qui interdit la participation d'enfants de moins de 18 ans à la guerre.

Malgré cela, beaucoup d'enfants se battent dans la guerre en cours du pays, et l'UNICEF estime que les enfants soldats combattant dans les rangs des Houthis (Ansarallah) et d'autres groupes armés constituent jusqu'à un tiers de tous les combattants au Yémen.

Le recrutement d'enfants soldats a été aidé par la pauvreté ambiante au Yémen, a déclaré l'organisation Human Rights Watch (HRW) dans un rapport de juin 2016.

Les enfants soldats se battent, portent des munitions vers la ligne de front et récupèrent les corps des combattants morts sur le champ de bataille, ont raconté à HRW en mars 2014 sept garçons qui s'étaient portés volontaires pour les Houthis.

D'autres enfants ont servi comme soldats en uniformes à des postes de contrôle.

Selon Mohammed Askar, ministre des Droits de l'homme, les Houthis ont recruté plus de dix mille enfants soldats.

Beaucoup d'autres enfants ont souffert à cause de la guerre, a-t-il indiqué, ajoutant que Wethaq cherche à toucher un nombre d'enfants encore plus important pour 2018.

Souffrances physiques et psychologiques

« Le projet de réhabilitation des enfants soldats [et des personnes] touchées par la guerre est conforme aux exigences de cette étape cruciale que le Yémen traverse », a affirmé Abdul-Rahman al-Qubati, directeur de programme de la Fondation Wethaq.

« Les enfants sont devenus des cibles du conflit, car ils sont recrutés et envoyés sur les champs de bataille [et sont devenus] des victimes de guerre, physiquement et psychologiquement », a-t-il expliqué à Al-Mashareq.

« Ce programme a pour but de protéger les enfants en les envoyant à l'école, en les intégrant dans la société et en les tenant éloignés de l'atmosphère de violence », a-t-il ajouté.

Selon les principes du projet de réinsertion, l'objectif est de réhabiliter psychologiquement et pédagogiquement les enfants recrutés et les enfants touchés par la guerre d'une manière qui facilite leur réintégration dans la société.

Cela comprend la réinscription à l'école, car beaucoup d'entre eux ont été contraints d'abandonner leur éducation, a précisé le CRSAH.

La voie de la réinsertion sociale

La voie vers la réinsertion comprend une série de sessions de traitement psychologique, ainsi que des sessions d'éducation et de sensibilisation, et des activités pour les enfants et les parents.

Celles-ci incluent la redécouverte des talents latents des enfants grâce à des formations intensives de développement de compétences et à la sensibilisation des parents aux tactiques de recrutement et aux droits des enfants.

Les familles recevront également des rations alimentaires, afin qu'elles n'aient pas besoin d'envoyer leurs enfants gagner de l'argent.

Pour les enfants, les activités incluent la socialisation avec d'autres jeunes grâce à des événements sportifs et des voyages, et des classes de rattrapage avec des enseignants spécialisés, pour que la reprise des cours à l'école ne soit pas trop difficile.

Des milliers ont encore besoin d'aide

Ce projet de réinsertion « est une activité importante, mais il doit être suffisamment financé afin de le mettre en œuvre auprès d'un nombre plus important d'enfants devant être réinsérés », a déclaré le militant Mousa al-Nimrani à Al-Mashareq.

Des milliers d'enfants yéménites ont besoin de ce type d'intervention, a-t-il fait savoir, notant que « les besoins dans ce domaine sont très grands ».

« Il est impératif d'augmenter les ressources financières du programme pour couvrir les besoins grandissants, car les enfants soldats seraient des milliers, et les enfants touchés par la guerre des dizaines de milliers », a-t-il poursuivi.

Bien que l'effort de réinsertion des enfants soldats recrutés par les Houthis et qui se sont rendus aux forces yéménites soit louable, il faut en faire plus pour aider ces enfants, a déclaré l'avocat et militant des droits de l'homme Abdel-Rahman Berman.

« Ces mesures de réinsertion des enfants soldats ont été prises dans certaines zones militaires à Aden et à Marib, mais elles n'étaient pas au niveau nécessaire en raison du manque d'experts internationaux dans ce domaine », a-t-il confié à Al-Mashareq.

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