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Réfugiés |

Des enfants syriens trouvent l'espoir dans un centre de réhabilitation d'Amman

Batoul al-Bitar, un réfugié syrien qui habite en Jordanie, peint un tableau pendant un cours de thérapie artistique au Centre Sir Bobby Charlton d'Amman. [Photo fournie par Asia Development Training]

Une galerie de tableaux affichés au Centre Sir Bobby Charlton pour l'aide et la réhabilitation au cœur d'Amman accueille les visiteurs avec des scènes et des couleurs parfois lumineuses et parfois sombres.

L'un des tableaux figure un groupe d'enfants en fauteuil roulant, et un autre montre un frère et une sœur pleurant la mort de leur mère. Des réfugiés traversent des frontières et d'autres se noient en mer. On voit des fosses communes, des soldats et des armes.

Mais lorsque les visiteurs progressent plus loin dans le centre, les couleurs deviennent plus claires, et les tableaux représentent des moments plus heureux.

Un tableau de la réfugiée syrienne Eman al-Shayab montre une personne amputée dans une robe rouge devant un ciel bleu rempli de ballons en forme de cœurs. [Noor al-Saleh/Al-Mashareq]

Un tableau de la réfugiée syrienne Eman al-Shayab montre une personne amputée devant un avenir radieux, malgré son handicap. [Noor al-Saleh/Al-Mashareq]

Des enfants syriens réfugiés participent à une session de modification du comportement avec leur formateur de soutien aux traumatismes. [Photo fournie par Asia Development Training]

Un enfant retourne à l'école, et un autre regarde par la fenêtre. Des ballons flottent dans le ciel, et un groupe d'enfants en fauteuil roulant reconstruisent la Syrie.

Dans le centre, certains jeunes peintres participent à un cours sur l'art, silencieux, mais très concentrés sur leurs dessins.

Leurs dessins représentent leur interprétation de la guerre civile en Syrie. En lisant entre les lignes, on peut y voir des souvenirs, des craintes et des espoirs.

Certains dessinent leur vie avant la guerre, des amis qui jouent, ou des familles passant du temps ensemble. D'autres représentent ce qu'ils ont vu lorsque la guerre a éclaté : la violence, le sang et la destruction. D'autres encore revivent leur exode de la Syrie à la Jordanie.

Soutien physique et psychologique

Situé dans un quartier d'affaires animé d'Amman, ce centre, dirigé par l'association jordanienne à but non lucratif Asia Development Training (ADT), accueille les réfugiés syriens blessés et les victimes jordaniennes de mines et d'explosifs.

Sur plus de 650 000 réfugiés syriens connus résidant actuellement en Jordanie, beaucoup connaissent des traumatismes physiques et psychologiques, comme la perte d'un membre ou la mort de membres de leur famille.

Depuis sa création en 2013, ADT fournit des services de réadaptation prothétique et de mobilité aux rescapés blessés grâce à un projet financé par le Polus Centre for Social and Economic Development, une organisation américaine.

Les soins prothétiques étaient auparavant assurés par les centres de réhabilitation locaux répartis dans toute la Jordanie.

L'ADT a récemment lancé son propre centre de réhabilitation, en coopération avec le Centre Sir Bobby Charlton pour l'aide et la réhabilitation, une organisation caritative britannique contre les mines, afin d'apporter aux réfugiés un soutien physique et mental en un seul endroit.

« La majorité des réfugiés qui visitent le centre arrivent avec des blessures à la colonne vertébrale ou ont perdu un membre », a rapporté à Al-Mashareq le directeur d'ADT Akram Ramini.

Ces patients reçoivent des appareils de mobilité et des services de réhabilitation, y compris des membres artificiels, des chaises roulantes, des appareils dentaires, et de la thérapie physique et psychologique, a-t-il expliqué.

« L'aide est fournie en fonction de chaque personne », a indiqué Ramini. « Des techniciens écoutent les cas reçus et fournissent des solutions individuelles. »

Souffrances, pertes et douleurs partagées

Les enfants réfugiés qui se rendent au Centre Sir Bobby Charlton Centre, qui dispose d'un design lumineux et d'équipements modernes, viennent de différents camps de réfugiés de Jordanie, principalement d'al-Zaatari, le plus grand du royaume.

Parmi ces enfants, âgés de 5 à 16 ans, 70 % ont perdu au moins un parent, et beaucoup ont perdu toute leur famille.

Le centre les rassemble tous en tant que victimes de guerre qui ont traversé les mêmes souffrances, pertes et douleurs. Ils se rencontrent, discutent et jouent, et trouvent un endroit où parler de leurs problèmes.

Le processus de guérison se fait par étapes.

« Après l'implantation d'un membre vient le besoin de soutien psychologique », a déclaré le docteur Niveen Abou Zeid, formatrice en soutien traumatique du centre. « Au début il y a un déni. Les blessés n'acceptent pas facilement le membre artificiel. »

« Bien qu'ils marchent à nouveau, à l'intérieur ils savent qu'ils ne sont pas comme avant », a-t-elle indiqué. « Cela les conduit généralement vers la dépression. »

Les jeux de rôle, la méditation et l'art sont introduits par des formateurs spécialisés afin de faire ressortir ce que les enfants ont subi, pour qu'ils puissent gérer leur traumatisme émotionnel et commencer à guérir et à rêver à nouveau.

Certains se sont découvert des talents de dessinateurs, d'autres d'écrivains.

« Quant à ceux qui avaient des rêves pour l'avenir mais dont la blessure ne le permet pas, j'essaie de les orienter vers un rêve similaire », a expliqué Abou Zeid. « L'enfant qui voulait être joueur de foot, mais qui a perdu sa jambe, peut devenir commentateur sportif. »

Programme complet de thérapie artistique

Les enfants de la classe d'art n'ont pas de blessures visibles, mais ils ont été traumatisés par ce qu'ils ont vu pendant la guerre.

« La plupart d'entre eux ont vu des explosions et des gens mourir devant leurs yeux », a rapporté Abou Zeid. Les cours d'art font partie d'un grand programme de thérapie artistique conçu pour ceux qui souffrent de stress post-traumatique.

Batoul, réfugiée syrienne de 12 ans venue de Daraa, a dessiné sa chambre comme elle s'en souvient : belle, propre, et remplie de ses jouets et ses affaires.

Lorsqu'elle est arrivée en Jordanie, elle n'avait que sept ans. Elle vient au centre le matin, avant d'aller à l'école l'après-midi.

Sur l'étagère se trouvent les dessins d'enfants qui ont terminé leur réhabilitation.

Beaucoup ont été dessinés par Khalid, un réfugié syrien de 16 ans venu de Daraa, dont les dessins révèlent des sentiments partagés.

Khalid était toujours silencieux lorsqu'il a commencé à venir au centre, s'est rappelée Abou Zeid. Après quelques sessions, son thérapeute a pu lui faire parler de ce qu'il avait vécu.

La dernière chose dont il se souvient concernant sa maison en Syrie est sa mère, alors qu'elle allait dans la cuisine lui préparer à manger. Il s'est réveillé en Jordanie, partiellement paralysé, avec des lésions cérébrales et ses deux parents étant morts.

Les enfants rêvent de retourner en Syrie

Khalid peint désormais chez lui, dans le camp d'al-Zaatari, et il se rend de temps en temps au centre dans le cadre du programme de suivi de l'ADT.

Ses tableaux actuels portent sur la reconstruction de la Syrie. Mais dans ses représentations, les enfants qui rebâtissent son pays sont tous dans des fauteuils roulants.

Beaucoup d'enfants du centre se sont adaptés à leur vie et leur école en Jordanie, mais la plupart d'entre eux ont exprimé leur désir de revenir en Syrie.

Adam veut y retourner parce qu'il veut nourrir les pigeons sur le toit de sa maison. « Je suis sûr que je leur manque aussi, maintenant », a-t-il déclaré.

Pour Malak, certaines choses qu'elle aime en Syrie ne sont pas trouvables en Jordanie.

Les tableaux des enfants ont récemment été montrés à Londres dans une exposition intitulée « Des ténèbres à la lumière ; le voyage d'un enfant syrien », dans le cadre d'une grande exposition de photos appelée « Héritage de la guerre ».

Bien qu'ils révèlent les atrocités de la guerre vues à travers les yeux d'un enfant, ils montrent également la résistance et la capacité des enfants à tenir bon et à rêver à nouveau.

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