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Sécurité |

2017-12-22

Les Yéménites appellent l'Iran à arrêter d'armer les Houthis


Une loupe montre une partie du système de guidage d'un missile balistique Qiam iranien après que l'ambassadrice américaine aux Nations unies, Nikki Haley, a dévoilé le 14 décembre des informations jusqu'alors confidentielles pour prouver que l'Iran a violé la résolution 2231 du Conseil de sécurité. [Jim Watson/AFP]
Une loupe montre une partie du système de guidage d'un missile balistique Qiam iranien après que l'ambassadrice américaine aux Nations unies, Nikki Haley, a dévoilé le 14 décembre des informations jusqu'alors confidentielles pour prouver que l'Iran a violé la résolution 2231 du Conseil de sécurité. [Jim Watson/AFP]

La communauté internationale doit prendre position contre l'Iran pour avoir menacé la sécurité de l'Arabie saoudite et des autres États du Golfe à travers son soutien aux Houthis (Ansarallah), ont affirmé des responsables et experts yéménites à Al-Mashareq.

Le 19 décembre, l'Arabie saoudite a intercepté un missile tiré par les Houthis vers Riyad, cette milice appuyée par l'Iran ayant fait savoir que la cible était le palais Yamamah, où le roi devait dévoiler ce jour-là le budget saoudien.

Il s'agissait du deuxième missile balistique tiré par les Houthis sur la capitale saoudienne au cours des dernières semaines, après que les forces saoudiennes eurent intercepté le 4 novembre un missile tiré depuis le Yémen vers l'aéroport du roi Khaled à Riyad.

Le 30 novembre, les forces de défense aériennes saoudiennes ont intercepté un autre missile balistique tiré depuis le Yémen par les Houthis en direction de la ville saoudienne de Khamis Mushayt.

L'Arabie saoudite a accusé l'Iran d'être derrière ces attaques et d'utiliser les Houthis pour mettre à mal la stabilité du royaume et de la région du Golfe.

Selon un organe de presse contrôlé par les Houthis, la milice a tiré le 4 décembre un missile de croisière sur une centrale électrique d'Abou Dabi qui devait ouvrir en 2018.

Mais l'Autorité nationale de gestion des crises et des désastres d'Abou Dabi a nié cette revendication, et al-Hadath, organe de presse possédé par l'Arabie saoudite, a déclaré que le missile en question était tombé sur le territoire yéménite.

« Arrêtez de fournir des armes aux Houthis »

« La communauté internationale doit agir avec détermination pour mettre fin à la contrebande d'armes à destination des [Houthis] », a déclaré à Al-Mashareq le ministre yéménite de l'Administration locale Abdoul-Raqib Fateh.

« Les ambitions de l'Iran d'étendre son influence et de noyer le Yémen et ses voisins dans le chaos » doivent être limitées, a-t-il affirmé.

Fateh a également appelé la communauté internationale à s'assurer que les Houthis respectent les résolutions de l'ONU, qui leur demandent de rendre le contrôle des ports et aéroports du pays au gouvernement reconnu internationalement.

Remettre le port d'al-Hodeidah et d'autres zones clefs aux mains du gouvernement légitime éliminerait la menace que les Houthis font peser sur la navigation internationale et les navires commerciaux, a-t-il indiqué.

Le conflit au Yémen fait partie d'un conflit régional, à travers lequel l'Iran cherche à étendre son influence, a expliqué le chercheur et écrivain yéménite Yassin al-Tamimi.

Comme le conflit syrien est toujours en cours, a-t-il déclaré à Al-Mashareq, il n'est pas encore évident que le régime iranien bénéficierait de ce qui se passe en Syrien pour consolider son influence.

« Mais il est clair que Téhéran s'est empressé d'utiliser la force maximale avec les Houthis, et a commis ce qui peut être décrit comme une grande folie lorsqu'il a poussé les Houthis a dirigé leurs missiles contre Riyad et Abou Dabi », a-t-il précisé.

Cette décision rendra l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis plus déterminés à mettre fin à la menace des Houthis soutenus par l'Iran à Sanaa, a ajouté al-Tamimi.

Les conditions ne sont pas favorables aux Houthis

« Il ne fait aucun doute » que l'assassinat par les Houthis de leur ancien allié, l'ex-président Ali Abdallah Saleh, « a créé toutes les conditions pour la répression contre la milice houthie », a-t-il affirmé.

L'influence politique et militaire de Saleh à Sanaa est terminée, a-t-il annoncé, et son assassinat a créé une fracture évidente entre les Houthis et leurs partisans.

« En soutenant les Houthis et en leur ordonnant de tirer des missiles vers l'Arabie saoudite et ses voisins, l'Iran souhaite faire savoir qu'il est capable de blesser et de menacer la sécurité du Golfe arabe », a déclaré l'écrivain et politologue Wadhah al-Jaleel.

Par ces actions, le régime iranien tente de faire savoir que « tout le monde doit reconnaître son existence, son rôle et l'étendue de ses capacités », a-t-il indiqué à Al-Mashareq.

« L'Iran a cherché à transformer le Yémen en base militaire et sociale à partir de laquelle menacer la sécurité du Golfe », a-t-il expliqué. « Mais l'intervention de la coalition arabe à un moment crucial de l'opération expansionniste des Houthis au Yémen a empêché l'Iran d'atteindre ce but. »

Alors que le contrôle des Houthis commence à faiblir, le régime iranien « fait tout son possible pour conserver le peu de territoire encore sous contrôle houthi et pour forcer ses adversaires dans la région à accepter que les Houthis restent [au pouvoir] », a-t-il rapporté.

L'Iran profite de la guerre au Yémen

La décision des Houthis de lancer des missiles contre l'Arabie saoudite a plusieurs dimensions, a fait savoir le chercheur Ahmed Nurreddin à Al-Mashareq.

Parmi ces dimensions se trouvent « le déclenchement de conflits et l'ouverture de fronts contre l'Arabie saoudite directement pour exercer une pression à son encontre socialement, politiquement et économiquement », a-t-il indiqué.

« L'Iran profite de la guerre en général », a-t-il déclaré, car elle garde l'Arabie saoudite occupée et lui fait subir des pertes.

L'Iran, qui subit un blocus économique depuis des années, voit dans la guerre contre son ennemi traditionnel saoudien une opportunité de l'affaiblir tout en œuvrant à augmenter sa propre puissance, a-t-il poursuivi.

« L'Iran aide les Houthis avec des missiles pour équilibrer le rapport de force en faveur de ses alliés au Yémen », a expliqué à Al-Mashareq le directeur du Centre Abaad d'études stratégiques, Abdoulsalam Mohammed.

La faiblesse des Houthis « est qu'ils n'ont pas de réponse à la puissance aérienne de la coalition », a-t-il indiqué, et le lancement de missiles sert donc à résoudre cela en garantissant que la milice survit et garde la capacité de servir les intérêts du régime iranien.

Les intérêts de l'Iran exigent que la guerre se poursuive, car elle lui permet de menacer la sécurité de la région et des pays producteurs de pétrole du Golfe, a fait savoir Mohammed.

Objectif stratégique d'encerclement des États du Golfe

« La présence continue des Houthis dans le nord du Yémen leur assure le contrôle du détroit de Bab el-Mandeb, qui est l'un des objectifs de l'Iran », a déclaré Mohammed.

Le contrôle de ce passage maritime important permet à l'Iran d'encercler les pays du Golfe, a-t-il précisé, car il s'est déjà installé en Syrie, en Irak et au Liban.

Le régime iranien soutient les Houthis dans des objectifs stratégiques, et est prêt à utiliser « la violence, le chaos et les menaces aux intérêts des autres » afin de faire avancer ses intérêts, a-t-il ajouté.

« Cela apparaît clairement au travers de son soutien aux Houthis », a-t-il affirmé, qui ont entièrement chamboulé la vie civile au Yémen et garde ce pays dans un état de guerre et de chaos permanent, ce qui permet à l'Iran d'accomplir ses ambitions et de menacer la sécurité du Golfe.

Avec son intervention au Yémen, l'Iran cherche « à garder la région dans un état d'instabilité, et c'est pour cela qu'il n'a pas cherché à établir la stabilité dans les pays dans lesquels il est intervenu, comme l'Irak, la Syrie et le Liban », a-t-il conclu.

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