Société |
2017-12-13

Les réalisateurs saoudiens attendent le retour du grand écran

L'actrice saoudienne Ahd Kamel arrive à la cérémonie de clôture du Festival international du film de Dubaï, le 13 décembre. [Ammar Abd Rabbo/DIFF/AFP]

Les réalisateurs saoudiens et les principales chaînes de cinéma se réjouissent d'apprendre que le royaume compte lever une interdiction qui frappait les salles obscures depuis plusieurs décennies, ouvrant ainsi un marché de plus de trente millions de personnes.

Mardi 12 décembre, lors du Festival international du film de Dubaï, les réalisateurs de courts-métrages ont parlé boutique, installés sous une véranda au bord de la mer, avec en toile de fond l'hôtel emblématique de la ville en forme de voile. L'Arabie saoudite était dans tous les esprits.

La réalisatrice Hajar Alnaim, qui arborait sa fierté nationale sous la forme d'un drapeau vert saoudien accroché à son abaya noir, s'est dite « très surprise » lundi de voir que son gouvernement avait annoncé l'octroi immédiat de licences d'exploitation aux cinémas.

Le premier cinéma devrait ouvrir ses portes en mars 2018.

Cette initiative s'inscrit dans un train de mesures de modernisation initié par le prince consort Mohammed bin Salman, qui cherche à compenser des coupes impopulaires dans les subsides de l'État à une époque de faibles prix du pétrole par plus d'options de divertissement.

Alnaim a expliqué qu'une bourse du gouvernement saoudien, une parmi les milliers de subventions annuelles, pour aller étudier le cinéma à Los Angeles avait changé sa vie.

« Je n'avais même pas été en mesure de convaincre ma famille de me laisser aller à Bahreïn et de me laisser voir un film avant d'aller au États-Unis pour y étudier le cinéma », a-t-elle déclaré. « Ma vision des choses a changé... la vision des choses de ma famille a changé. »

Alnaim a expliqué que son court-métrage « Detained », qui raconte l'histoire d'une demanderesse d'asile syrienne interrogée par les services américains du Homeland Security sur les agissements de son père, ouvre une fenêtre sur la vision des choses des musulmans, et celle de l'Occident.

« 500 kilomètres »

Il y a dix ans, le réalisateur saoudien Abdoullah al-Eyaf avait résumé l'attente de ses compatriotes pour le grand écran dans un documentaire.

« Cinéma 500 km » est l'histoire d'un Saoudien qui traverse les frontières de son pays pour la première fois, juste pour aller voir un film.

« C'est drôle, non ? », a remarqué Hanaa Saleh Alfassi, une réalisatrice saoudienne participant au festival du film de Dubaï. « Cela faisait longtemps que nous étions prêts à voir levées ces interdictions. »

Le propre film d'Alfassi, « Lollipop » aborde aussi les restrictions, légales et sociales.

Elle reconnaît que les cinémas commenceront peut-être en diffusant des sélections « non controversées », mais elle entrevoit un secteur en plein épanouissement, car les Saoudiens se sont habitués à sortir au théâtre.

« Ce qu'il y a de bien avec le cinéma, c'est que ce n'est pas le film qui vient à vous. Vous allez voir ce film en compagnie d'étrangers. »

L'or du cinéma

Les principales chaînes de cinéma sont impatientes de faire leur percée sur un marché saoudien vierge, où la majorité de la population est âgée de moins de 25 ans.

Lundi, le géant américain AMC Entertainment a signé un accord non contraignant avec le vaste Fonds d'investissement public d'Arabie saoudite visant la construction et l'exploitation de cinémas dans le royaume.

Il aura en face de lui la concurrence féroce des poids lourds régionaux, en l'espèce VOX Cinemas basé à Dubaï, le principal exploitant au Moyen-Orient.

Le PDG de la société-mère de VOX, Majid Al Futtaim, Alain Bejjani, a déclaré lundi que sa société était impatiente de se développer en Arabie saoudite.

La société « souhaite développer Vox Cinemas en Arabie saoudite et s'assurer que chacun de nos clients saoudiens aura un Vox Cinema proche de chez lui, où il sera en mesure de connaître ce que d'autres connaissent en-dehors d'Arabie saoudite -- en Arabie saoudite », a-t-il déclaré.

Bejjani prédit que les cinémas seront « la pierre angulaire d'un tout nouveau secteur économique », qui créera des emplois et permettra de développer les contenus et les talents saoudiens.

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Di blue bubble 1 COMMENTAIRE (S)

ابرهيم حسين علي الحرازي | 2017-12-15

Le marché est respecté.

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