Le Liban essaie d'apaiser les relations entre hôtes et réfugiés


Un enfant syrien réfugié qui travaille comme vendeur de rue regarde des manifestants brandissant des bannières lors d'une manifestation le 18 juillet 2016 à Beyrouth contre le racisme, et spécifiquement contre un couvre-feu qui interdit aux réfugiés syriens de quitter leur domicile entre le coucher et le lever du soleil. [Joseph Eid/AFP]

Un enfant syrien réfugié qui travaille comme vendeur de rue regarde des manifestants brandissant des bannières lors d'une manifestation le 18 juillet 2016 à Beyrouth contre le racisme, et spécifiquement contre un couvre-feu qui interdit aux réfugiés syriens de quitter leur domicile entre le coucher et le lever du soleil. [Joseph Eid/AFP]

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Alors que le Liban essaie de concevoir une politique unifiée sur la question des réfugiés syriens qui réponde à leur situation actuelle et à leur retour futur, le pays cherche également à apaiser les tensions entre les communautés d'accueil et les réfugiés.

Des crimes et des actes de violence sporadiques commis par les réfugiés ont été signalés, salissant la réputation de l'ensemble de la communauté réfugiée et créant un ressentiment chez la population libanaise.

Mais la grande majorité des réfugiés respectent les lois, indiquent des responsables libanais à Al-Mashareq.

Pour mettre fin aux rumeurs et aux récriminations, le ministre de l'Intérieur Nohad al-Mashnouk a révélé le 17 octobre que le « taux de crimes commis par les réfugiés syriens est plus faible que celui des crimes commis par les Libanais ».

Dans son discours de lancement du « Guide sur la classification des crimes et des peines liées dans la législation libanaise », il a déclaré que les statistiques détaillées présentes dans ce guide seront utilisées pour analyser les tendances criminelles et recommander des mesures pour y répondre.

« Le Liban est l'un des pays les plus sûrs, grâce aux actions et à la coordination des forces de sécurité », a-t-il souligné.

Les médias jouent un rôle

Quelques jours plus tôt, le 11 octobre, le ministre de l'Information Melhem Riachi avait insisté sur la nécessité de promouvoir une couverture médiatique positive afin de réduire le niveau d'animosité envers les réfugiés syriens.

« Cette couverture médiatique positive ne consiste pas à cacher les faits ou à s'éloigner de l'objectivité, mais à s'abstenir de véhiculer des notions qui identifient un peuple tout en entier comme étant des meurtriers seulement parce que l'un d'entre eux est un meurtrier », a-t-il précisé.

À l'heure actuelle, a indiqué Riachi, plus d'un million et demi de réfugiés syriens résident au Liban, et « veulent certainement rentrer dans leur pays ».

« Mais cela ne veut pas dire que nous nous battons avec eux après sept ans passés au Liban afin qu'ils puissent rentrer dans leur pays en toute sécurité », a-t-il déclaré.

La présence syrienne au Liban nécessite l'application de la loi, « mais aussi le courage de l'amour ».

Le ministre d'État libanais aux Affaires des réfugiés Mouin al-Merehbi a abordé la question des crimes commis par les réfugiés syriens au Liban.

« Nous condamnons ces actes et les auteurs de ces crimes, mais nous ne tenons pas tous les Syriens au Liban responsables de ces crimes », a-t-il indiqué à Al-Mashareq.

« D'après le nombre de réfugiés vivant au Liban, le taux de crimes et de délits qu'ils commettent est plus faible que celui [des crimes commis] par d'autres », a-t-il ajouté.

Pas de punition collective

Les réfugiés syriens ne doivent pas être accusés en tant que groupe pour les atteintes à la sécurité et les crimes commis par des individus réfugiés, a déclaré à Al-Mashareq Lisa Abou Khaled, agent adjointe d'information publique du HCR.

Dans les cas où des atteintes ont eu lieu, « nous sommes pour les peines à l'encontre des criminels ».

Cependant, a-t-elle poursuivi, « la responsabilité de la situation de sécurité ne doit pas être mise sur le dos de tous les réfugiés, qui ne sont finalement que des civils séjournant ici pour une courte durée avant leur retour ».

« Le taux de crimes commis par les Syriens n'a pas augmenté », a noté Abou Khaled. « Selon des données du ministère de l'Intérieur, les prisons libanaises comptent 1 600 prisonniers syriens, soit 25,3 % de la population carcérale du Liban. »

« Des données de la Direction des prisons font état d'un ratio identique », a-t-elle ajouté.

La chercheuse sociale Rola Baydoun a indiqué à Al-Mashareq qu'elle s'oppose au sentiment anti-syrien qui s'est répandu sur les réseaux sociaux.

Elle a mentionné une déclaration publiée en juillet par plus de 250 universitaires, artistes et professionnels des médias libanais condamnant les actes d'hostilité envers les réfugiés syriens, notant que ces actes « nuisent non seulement aux Syriens innocents, mais aussi à l'image du Liban ».

Mettre fin aux rumeurs

Al-Merehbi a dénoncé les rumeurs selon lesquelles les réfugiés syriens ne veulent pas rentrer dans leur patrie parce qu'ils sont bien au Liban et qu'ils reçoivent de l'aide, alors que les Libanais sont aux prises avec le chômage.

« Nous essayons, avec l'ONU et des organisations qui se préoccupent de la question du chômage, d'obtenir des fonds pour aider les Syriens ainsi que les communautés libanaises qui les accueillent », a-t-il rapporté.

« Si nous pouvons nous entendre sur une politique gouvernementale unifiée, nous accomplirons quelque chose de très bénéfique pour les Libanais et les Syriens », a-t-il ajouté.

« Plus de 70 % des réfugiés vivent en dessous du seul de pauvreté », a indiqué Abou Khaled, notant que « la quantité de financement disponible de la part d'agences et de pays pour cette année est faible, par rapport aux dépenses et besoins croissants des réfugiés ».

« Selon l'Organisation internationale du travail, la main-d'œuvre syrienne au Liban représente 380 000 personnes, mais plus de 36 % des réfugiés seraient au chômage », a-t-elle précisé, notant qu'ils n'ont pas le droit de travailler dans certains secteurs.

« Le retour des réfugiés en Syrie est la meilleure solution pour tous, mais les conditions ne sont pas encore propices pour que cela se fasse en sécurité », a-t-elle déclaré.

Retour au pays

« Il y a des progrès dans les zones de désescalade, mais les risques demeurent », a fait savoir Abou Khaled.

« Nous travaillons avec la communauté internationale, notamment lors des pourparlers de paix à Genève, pour garantir que les progrès se poursuivent par le biais du processus politique afin d'améliorer la confiance du peuple et des Syriens envers le retour. »

« Pour le HCR, la première étape du retour est la plus importante, car si elle se fait en toute sécurité, cela encouragera d'autres réfugiés à rentrer dans leur pays », a-t-elle rapporté.

Le 16 octobre, le président Michel Aoun a remis des lettres aux ambassadeurs des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU à l'intention de leurs chefs d'État, ainsi qu'aux dirigeants de l'ONU, de l'Union européenne et de la Ligue arabe.

« Il revient à la communauté internationale et à l'ONU de faire tout leur possible et de créer des conditions favorables au retour en sécurité des déplacés vers leur pays, surtout dans les régions stables et comportant peu de tensions, sans lier [le retour] à une solution politique », indiquait entre autres cette lettre.

« Les organisations internationales qui aident les déplacés ne doivent pas décourager ceux qui souhaitent rentrer dans leur pays, tant que ce retour est fait de leur plein gré », a-t-il indiqué.

Au Liban, environ un million de réfugiés syriens sont inscrits auprès du HCR, mais le gouvernement libanais estime le nombre de réfugiés à 1,5 million.

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