Des salles de classe ont été fermées le premier jour d'école à Sanaa, ville tenue par les Houthis


Le 17 septembre, une jeune Yéménite tient une pancarte sur laquelle est écrite « L'éducation est ma ligne de front et je ne l'abandonnerai pas », lors d'une manifestation devant le bureau de l'ONU de Sanaa. [Mohammed Huwais/AFP]

Le 17 septembre, une jeune Yéménite tient une pancarte sur laquelle est écrite « L'éducation est ma ligne de front et je ne l'abandonnerai pas », lors d'une manifestation devant le bureau de l'ONU de Sanaa. [Mohammed Huwais/AFP]

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Des salles de classe dans la capitale yéménite et la partie nord du pays, aux mains des Houthis, sont restés pour la plupart vides le premier jour d'école officiel, dimanche 15 octobre, car à cause de la guerre, de la faim et de l'effondrement économique, des millions de personnes luttent pour survivre.

« Le futur de 4,5 millions d'élèves est en jeu », a déclaré à l'AFP Rajat Madhok, porte-parole du Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF) au Yémen.

Une grève syndicale liée au non-versement des salaires des enseignants a interrompu l'enseignement dans les zones contrôlées par les Houthis (Ansarallah), soutenus par l'Iran.

L'UNICEF estime que 13 146 écoles, soit 78 % des écoles du Yémen, ont été touchées par le manque de salaires, les empêchant d'ouvrir leurs portes pour le premier jour d'école.

Près de 500 écoles ont été détruites par le conflit, sont devenues des abris ou ont été réquisitionnées par des factions armées lors d'une guerre qui a fait des milliers de morts et qui a poussé le pays au bord de la famine.

Des écoles de Sanaa, la capitale, et dans tout le Yémen ont dû repousser de deux semaines le début de l'année scolaire, initialement prévu pour le 30 septembre, car les combattants de l'opposition n'ont pas versé les salaires des enseignants.

Dans les zones du Yémen tenues par le gouvernement, la plupart des écoles ont ouvert cette année comme prévu le 1er octobre.

Des enseignants qui « meurent de faim »

À Sanaa, Bashar al-Zaraji, âgé de treize ans, est allé à son école dimanche pour s'inscrire aux cours, mais il n'a trouvé qu'une porte fermée.

« J'ai demandé au garde de l'école où ils étaient tous. Il m'a dit que les enseignants étaient toujours en grève. Ils veulent leurs salaires », a raconté Zaraji.

« Nous vivons donc dans un pays où on ne peut pas étudier et où rien ne marche », a-t-il déploré. « Qu'est-ce que l'on est censés faire ? »

Les élèves plus jeunes étaient en larmes après avoir attendu des heures que leurs professeurs arrivent, pour finir par être déçus.

Quelques écoles ont effectivement ouvert leurs portes pour permettre aux élèves de s'inscrire.

D'autres ont remplacé les enseignants en grève par des administrateurs fidèles aux Houthis, une mesure que des experts de l'enseignement qualifient d'insuffisante pour répondre au droit à l'éducation des enfants.

« Il ne s'agit pas seulement de savoir si les écoles vont ouvrir, mais aussi de la qualité des professeurs », a expliqué Madhok, de l'UNICEF.

Près de trois quarts des éducateurs du Yémen n'ont pas été payés depuis douze mois, selon l'UNICEF.

Les enseignants qui ont connu des difficultés pendant un an sans salaire, ou avec un salaire de misère, affirment qu'ils poursuivront leur grève pour l'année à venir.

« Nous mourons de faim et ils veulent que l'on enseigne », a demandé Abdel Hakim, professeur à Sanaa.

« Je ferais mieux de quitter l'enseignement pour chercher du travail afin de nourrir mes enfants », a-t-il indiqué.

D'autres enseignants ont décroché des emplois dans d'autres professions ou cherchent à changer complètement de carrière.

« Au cours des deux dernières années, je n'ai reçu que la moitié de mon salaire tous les deux mois », a rapporté le professeur Mohammed Abdelrabb.

Enfants en danger

L'hémorragie du secteur de l'éducation représente une grave menace pour le bien-être des enfants, qui courent un risque encore plus grand d'être recrutés par des milices, d'être contraints de travailler de force ou de se marier jeunes, a ajouté Madhok.

Les Houthis avaient promis que les enseignants seraient de retour dans les salles de classe pour cette année scolaire.

En 2014, les Houthis, soutenus par l'Iran, avaient chassé le gouvernement de Sanaa vers le sud, à Aden, ville natale du président Abdrabbo Mansour Hadi.

L'année dernière, le gouvernement Hadi a retiré la banque centrale de Sanaa pour l'installer à Aden, une décision qui a selon l'ONU privé plus d'un million de fonctionnaires – dont les enseignants – de salaires, poussant des familles vers la famine.

Une directrice d'école à Sanaa a déclaré avoir décidé d'ouvrir ses portes aux élèves le dimanche, même si aucun enseignant ne vient.

« S'ils restent chez eux, cela ne nous empêchera pas de recevoir des élèves », a-t-elle affirmé.

Mais certaines personnes résidant depuis longtemps à Sanaa ont déclaré qu'ils ne savaient plus quoi faire à cause de l'effondrement des infrastructures du pays, s'achevant par la paralysie de l'éducation.

« Depuis que les Houthis sont arrivés à Sanaa, nos salaires ont été volés, tout comme notre couverture médicale, notre électricité et notre eau », a indiqué Fahmi al-Sharabi, habitant de la capitale âgé de 35 ans.

« Et maintenant, on vole à nos enfants leur éducation. »

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  • COMMENTAIRES DU LECTEUR

    محمود مرغني

    2017-10-23

    Les enfants perdent leur droit à l'éducation. Ceci est très dangereux car l'écrivain Égyptien et doyen de la littérature mondiale Taha Hussein disait que l'éducation est comme l'eau et l'air.

  • عبدالولي

    2017-10-22

    Que Dieu nous protège!

  • مجمود مرغني موسي

    2017-10-21

    L'écrivain égyptien et doyen de la littérature mondiale, Taha Hussein, disait que l'éducation est comme l'eau et l'air. Tout groupe qui prétend être légitime ne doit pas arrêter l'éducation ou la bloquer. Si un tel groupe lutte contre l'éducation, il sera illégitime.