Des histoires aident les enfants syriens à oublier leur chagrin


Des élèves participent à une activité à la maternelle al-Malak al-Saghir (Petit ange) de Salhab, dans la province rurale d'Hama, dans l'ouest de la Syrie. [Photo fournie par Maram Ammar]

Des élèves participent à une activité à la maternelle al-Malak al-Saghir (Petit ange) de Salhab, dans la province rurale d'Hama, dans l'ouest de la Syrie. [Photo fournie par Maram Ammar]

  • + AJOUTER UN COMMENTAIRE
  • Imprimer cet article
  • Augmenter Réduire

Certains enfants syriens n'ont rien connu d'autre que la guerre.

Ils ont passé toute leur vie à avoir peur lorsqu'un missile ou un obus tombait, et ils se sont endormis et se sont réveillés en entendant des coups de feu, a expliqué Rania Zaghir, auteur de livres pour enfants libanaise d'origine syrienne.

Émue par la détresse de ces enfants, Zaghir s'est rendue en septembre dans la province rurale d'Hama, dans l'ouest du pays, où elle a passé une semaine à faire la lecture aux enfants dans plusieurs villages et écoles, y compris à la maternelle al-Malak al-Saghir (Petit ange) de Salhab.

Elle a également encouragé les enfants à partager leurs expériences des tragédies, des traumatismes et de la guerre.

« Je voulais être parmi les enfants de Syrie et leurs familles après sept ans de guerre sanglante, surtout les enfants qui ont le même âge que la guerre », a-t-elle déclaré à Al-Mashareq. « Mon but était simple : aider les enfants à contempler et à créer, et à découvrir les aspects esthétiques de la vie, de la nature, de la famille et de l'environnement. »

Elle a apporté ses propres livres avec elle, dans l'espoir d'inspirer les enfants à exprimer leurs capacités et leurs talents et afin de les réveiller émotionnellement.

« Je voulais leur dire à travers mes livres qu'ils ont l'amour, l'affection et l'encouragement des autres », a poursuivi Zaghir.

Les enfants syriens qu'elle a rencontrés sont « conscients de leur fragilité », a-t-elle fait savoir, ajoutant qu'ils « ressentent un besoin d'être protégés et pris en charge, car ce sont des enfants de la guerre qui n'ont pas pu profiter d'une enfance innocente comme ils auraient dû ».

« La peur les accompagne, et ils ont besoin de sécurité, de stabilité, de livres et de sessions de lecture confortables », a-t-elle poursuivi.

Lors de ses sessions de lecture, Zaghir a affirmé qu'elle pouvait transporter les enfants vers un autre monde qui leur fait oublier les circonstances de la guerre.

« L'on pouvait entendre le bruit des avions de chasse pendant la lecture », a-t-elle déclaré. « Je pouvais les entendre distinctement, mais les enfants n'y prêtaient pas attention, peut-être parce qu'ils sont habitués à les entendre, ou peut-être parce qu'ils étaient captivés par les histoires et les activités que nous organisions. »

« La guerre est entrée dans le cœur de chaque enfant »

Tout comme la guerre en Syrie est entrée dans chaque maison, elle est aussi entrée dans le cœur de tous les Syriens, en particulier celui des enfants, a déclaré à Al-Mashareq Maram Ammar, enseignante de français à al-Malak al-Saghir.

Il y a eu des affrontements dans les faubourgs de Salhab, où se trouve la maternelle, a-t-elle fait savoir, et des missiles et des obus sont tombés dans la zone.

Les enfants « vivent dans la peur et la terreur constantes, ce qui a eu un fort effet psychologique sur leur comportement », a-t-elle rapporté.

« Ce qui s'est produit nous a forcés, en tant que personnel enseignant, à redoubler d'efforts pour qu'ils se sentent en sécurité, en particulier les orphelins parmi eux qui ont perdu un parent dans la guerre », a déclaré Ammar.

« Nous travaillons beaucoup pour les faire participer à des activités qui améliorent leur confiance en soi et leur confiance envers les autres », a-t-elle indiqué. « Nous organisons des petits-déjeuners de groupe hebdomadaires entrecoupés d'intermèdes joyeux pour leur faire oublier leur tristesse. »

Les enseignants mettent en scène des spectacles, habillés comme les personnages de dessins animés que les enfants aiment « pour apporter de la joie dans leurs cœurs et du rire à leurs lèvres », a-t-elle rapporté.

Dans le même temps, une attention toute particulière est apportée là où c'est nécessaire, y compris un soutien psychologique individuel.

Chaque fois que les conditions de sécurité le permettent, l'école organise des déplacements vers des maternelles d'autres parties d'Hama pour aider les enfants à s'intégrer à leur environnement et à leur instiller un sentiment de solidarité, a indiqué Ammar.

Le travail du personnel enseignant de la maternelle est mené en coopération avec l'UNICEF et le Croissant-Rouge syrien, qui organisent des programmes psychologiques et sociaux centrés sur les enfants.

Ces efforts « ont porté leurs fruits, comme le prouve le fait que trois semaines après le début de l'année scolaire, nous sentons que la disposition des enfants s'est améliorée par rapport à l'année dernière », a-t-elle déclaré.

« Mosaic » symbolise la diversité de la Syrie

L'UNICEF a mis en place un projet pour réintégrer les enfants syriens dans leurs communautés en coopération avec des organisations de la société civile.

Ce projet, baptisé « Mosaic », symbolise la diversité ethnique et sectaire.

L'UNICEF met en œuvre ce projet dans la province rurale d'Hama, dans l'ouest du pays, en coopération avec l'association caritative Masyaf et à travers cinq centres à Salhab, Masyaf, al-Bayadiya, al-Findara et Jub Ramlah.

Ces centres proposent plusieurs programmes pour les enfants, a expliqué à Al-Mashareq Bashar Suleiman, directeur du centre de Salhab du projet Mosaic.

Ceux-ci incluent un programme ludique pour les enfants âgés de 6 à 18 ans qui comprend de la peinture, de la musique et du sport, et un autre qui les aide à développer des compétences de vie.

Ces programmes ont pour but de renforcer la confiance en soi des enfants et de développer leurs talents de communication, a-t-il précisé.

Un autre programme de Mosaic propose un laboratoire de créativité, qui invite les enfants à mettre en avant leurs idées, certaines étant ensuite mises en œuvre par des organisations agissant sous la bannière de l'UNICEF.

Ces idées incluent l'embellissement de Salhab en plaçant des bacs à fleurs et des poubelles dans les rues et les quartiers publics, et l'organisation de représentations théâtrales et de concours.

Le centre reçoit de nouveaux enfants tous les jours, dont certains qui ont été déplacés il y a quelque temps, a fait savoir Suleiman.

Depuis l'ouverture du centre il y a dix mois, a-t-il ajouté, 7 000 enfants ont profité du programme, « et le nombre total d'enfants qui en ont bénéficié dans les cinq centres dépasse les 25 000 ».

« Ils étaient pleins d'anxiété et de peur, dans un état psychologique d'épuisement et très hostiles, mais ils ont rapidement répondu aux programmes psychologiques et sociaux que nous leur fournissons », a-t-il conclu.

AJOUTER UN COMMENTAIRE (Politique Commentaire) * INDIQUE CHAMP NÉCESSAIRE

Test