Les combattants de Daech fuient, mais vers où ?


Un membre des Forces démocratiques syriennes (FDS) tire à la mitrailleuse lors d'affrontements avec des extrémistes de « l'État islamique » près de l'hôpital central d'al-Raqqa le 1er octobre. Les combattants syriens luttent pour chasser les derniers membres de Daech retranchés dans les repaires qu'il leur reste à al-Raqqa. [Bulent Kilic/AFP]

Un membre des Forces démocratiques syriennes (FDS) tire à la mitrailleuse lors d'affrontements avec des extrémistes de « l'État islamique » près de l'hôpital central d'al-Raqqa le 1er octobre. Les combattants syriens luttent pour chasser les derniers membres de Daech retranchés dans les repaires qu'il leur reste à al-Raqqa. [Bulent Kilic/AFP]

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« L'État islamique » (Daech) est attaqué dans les derniers recoins qui lui restent de son califat autoproclamé, mais qu'advient-il des milliers de ses combattants alors que leur groupe perd le contrôle sur ces territoires ?

Face à de multiples offensives, le groupe extrémiste a perdu la ville libyenne de Syrte, de Mossoul et Ramadi en Irak, et est maintenant sur le point d'être chassé de son ancien bastion syrien d'al-Raqqa.

À son apogée, Daech comptait des dizaines de milliers de combattants dans ses rangs, des responsables américains estimant que près de 40 000 combattants étrangers étaient venus combattre dans ses rangs au fil des années.

Les forces qui attaquent Daech ont régulièrement annoncé la mort ou l'arrestation de grands nombres d'extrémistes, mais leurs chiffres sont souvent vagues et ne peuvent être vérifiés par des sources indépendantes.

« Nous ne pouvons donner le nombre exact de ceux qui ont été arrêtés, mais nous pouvons affirmer qu'un grand nombre d'entre eux sont prisonniers de nos forces », a déclaré Moustafa Bali, porte-parole des Forces démocratiques syriennes (FDS) qui luttent actuellement contre Daech en Syrie.

Cachés parmi les civils ?

L'une des craintes constantes des forces qui combattent Daech est que ses combattants tentent de se fondre dans la population civile, fuyant avec les personnes déplacées ou demeurant dans les maisons.

« Le problème que posent les activistes qui se cachent parmi les civils est très sérieux », a expliqué Aymenn al-Tamimi, chercheur au Middle East Forum.

« Certains membres opérationnels peuvent rester en arrière et se fondre parmi la population civile pour fonctionner comme des cellules dormantes ou pour recruter d'autres membres dans des cellules dormantes », a-t-il ajouté.

En Syrie, a indiqué Bali, certains combattants de Daech « ont été découverts dans des camps de personnes déplacées grâce à nos bases de données ».

D'autres ont été signalés par des civils qui les avaient reconnus et dénoncés.

Mais certains arrivent néanmoins à passer à travers les mailles du filet, notamment parce que « certains civils ont peur de les dénoncer, craignant des représailles », a indiqué Rami Abdel Rahman, directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme.

Les forces irakiennes, comme leurs homologues en Syrie, utilisent une base de données pour détecter les combattants de Daech se cachant parmi les civils.

Mais comme l'a expliqué un responsable irakien local, « un grand nombre d'éléments de Daech se cache parmi la population à Mossoul, notamment dans la vieille ville ».

Leur présence est attestée par « les assassinats et les attentats à la bombe chaque jour », a indiqué Hisham al-Hashimi, chercheur spécialiste des mouvements extrémistes.

Quid des combattants étrangers ?

Les nombreux combattants étrangers non arabes que compte Daech dans ses rangs ne peuvent pas se fondre aussi facilement dans les populations civiles qui tentent de fuir, leurs traits et leur langue les trahissant.

« De nombreux combattants étrangers [de Daech] ne veulent pas renoncer et se battent férocement », a déclaré à l'AFP le principal commandant de la coalition qui aide et conseille les FDS.

Ces combattants étrangers sont souvent ceux qui mènent les attaques suicides, a ajouté al-Hashimi, et à la fin de n'importe quelle bataille, « le nombre de ceux d'entre eux laissés derrière est très faible ».

Leurs chances de rentrer dans leurs pays sont très minces, les services de renseignement étant à l'affût de combattants rentrants, et la frontière turque faisant maintenant l'objet d'une surveillance très étroite.

Charlie Winter, chercheur associé au Centre international d'étude de la radicalisation et de la violence politique, a expliqué que la propre propagande de Daech suggère un allègement des règles autrefois très sévères régissant l'abandon de son territoire pour celui des « infidèles ».

« Le groupe a indiqué de manière très indirecte, mais aussi à mon sens sans ambiguïté qu'il n'est plus impossible de fuir les territoires de Daech », a-t-il affirmé.

Un refuge dans ce qui reste du territoire de Daech ?

Alors que ses territoires en Syrie et en Irak se rétrécissent rapidement, Daech concentre désormais ses moyens dans la vallée de l'Euphrate, qui s'étire le long de la frontière irako-syrienne, indiquent les spécialistes.

« Cela fait maintenant longtemps que le centre de gravité de 'l'État islamique' se déporte... vers des lieux comme Mayadine et Albou Kamal », dans l'est de la province syrienne de Deir Ezzor, a ajouté Winter.

« Daech a systématiquement renforcé ses infrastructures et sa population dans ces zones », a-t-il poursuivi.

Pour lui, Daech avait vraisemblablement veillé à ce que de grands nombres de ses combattants se rendent dans ces régions bien avant qu'ils fussent encerclés dans des lieux comme al-Raqqa et Mossoul.

Cela signifie maintenant que la lutte pour des endroits comme Mayadine et Albou Kamal pourrait être « étonnamment féroce », a-t-il conclu.

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