Les habitants de la Vallée de la Bekaa protestent contre la pollution de la rivière Litani


Des déchets visibles le long des rives de la rivière Litani, laquelle traverse la ville de Qab Elias. Cette rivière est l'une des principales ressources en eau du Liban, alimentant la Vallée de la Bekaa et une grande partie du sud. [Photo tirée du site internet de Badiat Qab Elias]

Des déchets visibles le long des rives de la rivière Litani, laquelle traverse la ville de Qab Elias. Cette rivière est l'une des principales ressources en eau du Liban, alimentant la Vallée de la Bekaa et une grande partie du sud. [Photo tirée du site internet de Badiat Qab Elias]

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La pollution de l'eau est un problème persistant de la Vallée de la Bekaa du Liban, où au cours des dernières années une arrivée massive de réfugiés syriens a augmenté la pression sur une infrastructure déjà insuffisante.

La qualité de l'eau de la rivière Litani s'est constamment dégradée, car les eaux usées s'y infiltrent depuis les camps informels dans la région de Bar Elias, Qab Elias et Marj, et depuis les réseaux existants qui sont utilisés au-delà de leurs capacités.

Des déchets industriels et d'élevage, ainsi que les ruissellements contenant des produits chimiques agricoles ajoutent à la longue liste des polluants de l'eau qui portent atteinte à cette rivière qui est l'une des principales sources d'eau du Liban.

Pour répondre à la situation actuelle, qui menace clairement la santé publique, les habitants de la vallée ont lancé une campagne pour demander au gouvernement d'agir.

Cette campagne, nommée « Je ne veux pas que la Litani me tue », s'est intensifiée ces dernières semaines.

Le 8 septembre, des manifestants ont monté une tente sur l'autoroute entre Bar Elias et Chtaura et ont bloqué une partie de la route, demandant l'ouverture d'une station d'épuration.

Ils ont montré une bannière portant un message à l'attention des autorités : « Nous avons donné des martyrs à l'armée pour protéger le pays. Nettoyez la rivière de la mort pour protéger le pays. Je ne veux pas que la Litani me tue ».

Lors d'une visite le 13 septembre à la station d'épuration de Zahle, le général de division Mohammed Khair, secrétaire général du Haut comité d'aide, a promis que celle-ci serait opérationnelle le 10 octobre.

Garder la rivière propre

La Litani alimente en eau la Vallée de la Bekaa et une grande partie du sud du pays.

Le gouvernement libanais doit donc « résoudre le problème des eaux usées pour éliminer la pollution de la rivière Litani », a expliqué Al-Mashareq Antoine Bou Yunis, maire adjoint de Zahle-Maalaka.

La municipalité s'est occupée de l'élimination des eaux usées venant des villes de Qaa al-Reem et Hazrata pour la rivière Berdawni, qui est désormais propre, a-t-il fait savoir.

De plus, a-t-il poursuivi, le Conseil pour le développement et la reconstruction – une organisation gouvernementale libanaise – travaille pour relier ces deux villes au réseau d'eaux usées de Zahle.

« Nous avons accompli notre devoir, et d'autres municipalités doivent faire le leur pour nettoyer la rivière », a-t-il déclaré.

« Il nous a été promis que le 10 octobre la station d'épuration de la zone [...] commencerait à marcher », a-t-il poursuivi.

Celle-ci est prête à fonctionner depuis quatre ans, a-t-il précisé, décrivant son activation comme « une question de décision politique ».

« Si les villes le long de la rivière continuent d'y déverser leurs eaux usées, le problème persistera », a déploré Bou Yunis.

Pour résoudre ce problème, a-t-il expliqué, le Conseil pour le développement et la reconstruction doit mettre en œuvre des projets pour construire des stations d'épuration dans d'autres villes qui ont déjà reçu l'approbation du gouvernement.

Un financement doit également être fourni à la station d'épuration d'al-Ferzol afin qu'elle puisse reprendre le travail, a-t-il ajouté.

« Une fois que toutes les stations travailleront simultanément, nous éliminerons une fois pour toutes la pollution de la rivière Litani et des cultures de la Vallée de la Bekaa », a-t-il affirmé.

Contamination des cultures de la Vallée de la Bekaa

La pollution de l'eau est « un problème chronique de la rivière en l'absence d'une solution complète », a déclaré l'ingénieur agronome Georges Zamar.

Le problème s'est aggravé avec l'arrivée en grand nombre de réfugiés syriens dans la Bekaa, a-t-il indiqué à Al-Mashareq, notant que les eaux usées venant des différents camps de réfugiés proches de la rivière y étaient déversées.

« Le fort taux de pollution de la rivière a eu un impact sur les cultures de la Vallée de la Bekaa, car une grande partie des agriculteurs, bien qu'ils soient conscients de la pollution, irriguent leurs champs avec l'eau de la rivière », a-t-il rapporté.

Les eaux usées ne sont pas la seule cause de la pollution des cultures, a-t-il noté, car les usines, les abattoirs et les hôpitaux qui déversent leurs déchets solides et leurs eaux usées dans la rivière y contribuent également.

Ces déchets pénètrent dans les nappes qui sont utilisées pour irriguer les champs.

La nouvelle station d'épuration de Zahle « réduira la pollution, mais pas entièrement », a déploré Zamar.

Pour vraiment résoudre le problème, a-t-il expliqué, toutes les stations d'épuration le long de la rivière doivent fonctionner, « de sa source à l'ouest de Baalbek jusqu'à son estuaire au nord de la ville de Tyr, dans le sud du pays ».

Epuration de l'eau et des eaux usées

« Le problème de la pollution remonte à la période d'avant l'arrivée des réfugiés syriens au Liban », a déclaré Lisa Abou Khaled, agent adjoint aux informations publiques du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR)

Le plan national pour l'eau de 2010 « ne s'occupait que de 3 % des eaux usées, tandis que 97 % étaient déversés dans la nature », a-t-elle indiqué à Al-Mashareq.

Le Liban souffre d'un manque chronique d'infrastructure pour résoudre le problème de la pollution provenant des eaux usées, a-t-elle déclaré.

« Depuis le début de la crise syrienne, le HCR a soutenu les institutions publiques, menant des projets d'eau et d'eaux usées et fournissant des services aux Libanais et aux réfugiés », a relaté Abou Khaled.

Le HCR, l'UNICEF et le gouvernement libanais ont collectivement dépensé 12 700 000 dollars pour traiter l'eau et les eaux usées dans les camps de réfugiés informels, a-t-elle rapporté.

Le HCR et ses partenaires ont mis en place 33 projets d'épuration des eaux usées dans des communautés libanaises.

Dans les camps, a-t-elle poursuivi, les eaux usées « sont gardées dans une infrastructure temporaire qui est régulièrement nettoyée, pour éviter de les déverser dans la rivière et les zones autour des camps ».

« Nous organisons également régulièrement des campagnes de sensibilisation sur les dangers de la pollution de l'eau par les eaux usées », a-t-elle indiqué, ajoutant que 96 000 personnes ont reçu des informations sur la question entre janvier et juin de cette année.

Ces mesures peuvent aider avec le problème de la pollution de l'eau, a-t-elle affirmé, mais elles ne peuvent pas le résoudre complètement.

« Résoudre le problème de la rivière Litani requiert des efforts communs et l'engagement de l'Etat, de la société civile et des Etats donateurs afin de réduire la menace pesant sur la santé publique », a-t-elle conclu.

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