Sécurité |
2016-10-27

Al-Qaïda s'écroule au Yémen

Un soldat yéménite à l'arrière d'un véhicule blindé à Zinjibar, le 16 août, après être entré dans la capitale de la province d'Abyan pour la reprendre des mains d'al-Qaïda. [Saleh al-Obeïdi/AFP]

Al-Qaïda est en déclin au Yémen à cause de sa perte de contrôle de plusieurs zones et de la chute consécutive de ses revenus, qui lui permettaient de recruter et d'armer des combattants, ont indiqué des experts à Al-Mashareq.

Dans les provinces d'Hadramaout et d'Abyan, « al-Qaïda plie sous les coups qu'il a subis », a affirmé Adnan al-Houmaïri, expert en stratégie.

Alors que les forces yéménites pourchassent ses combattants dans les provinces du sud, a-t-il expliqué à Al-Mashareq, des frappes aériennes internationales continuent de cibler les éléments du groupe.

À cause de ces pertes, a poursuivi al-Houmaïri, al-Qaïda a perdu plusieurs sources de financement, en particulier les profits qu'il générait lorsqu'il contrôlait al-Moukalla, la capitale provinciale d'Hadramaout.

Ceux-ci incluent les revenus du port, des droits de douane et les taxes payées par les marchands, en plus des bénéfices de la vente de pétrole à Hadramaout, a-t-il détaillé.

Tout cela fournissait à al-Qaïda des sources de revenus considérables, qu'il utilisait pour recruter des combattants supplémentaires et étendre son influence, a-t-il précisé.

« L'influence d'al-Qaïda s'est étendue dans les villes et les zones entourant al-Moukalla grâce à ses multiples sources de puissance – l'argent, les combattants et les armes », a déclaré al-Houmaïri.

La défaite d'al-Moukalla lance le déclin

Al-Qaïda a souffert à al-Moukalla en avril lorsqu'une offensive de la coalition a réussi à le chasser de la ville et des zones environnantes , a déclaré al-Houmaïri. « C'était la première étape qui a éparpillé le groupe et l'a plongé dans le chaos, et maintenant la faiblesse. »

D'autres branches d'al-Qaïda sont actuellement préoccupées par des batailles locales dans leurs zones d'influence, a-t-il expliqué, et travaillent à repousser les efforts mondiaux visant à éliminer le groupe et à empêcher les mouvements de ses fonds par un blocus financier.

Bien que les méthodes traditionnelles de transfert de fonds persistent, a indiqué al-Houmaïri, elles sont rares et très risquées en raison de la situation de sécurité de la région, et du Yémen en particulier.

« Briser l'échine d'al-Qaïda [et le chasser] d'Hadramaout en avril a facilité l'éviction consécutive [d'al-Qaïda] de la province d'Abyan et a privé les dirigeants et les éléments du groupe de zones qu'ils considéraient comme leur fief», a-t-il déclaré.

C'est particulièrement le cas à Jaar , a-t-il ajouté, qui est tombé sous le contrôle du groupe plusieurs fois depuis 2011, lorsqu'il a déclaré que cette zone était un « émirat islamique », avant d'en être chassé en 2012 par l'armée et des comités populaires de résistance.

« Al-Qaïda est revenu en 2015 pour s'emparer de plusieurs zones dans les provinces du sud, tirant parti de la division des institutions de l'Etat et de l'armée dans la guerre en cours », a précisé al-Houmaïri.

Pression locale et internationale

Al-Qaïda souffre sous les blocus financiers locaux et internationaux, a affirmé à Al-Mashareq l'analyste politique Nayef Haïdan.

Le groupe s'était appuyé sur des sources de financement diverses pour recruter des combattants, a-t-il indiqué, exploitant les forts taux de pauvreté et de chômage exacerbés par la guerre.

« Ceci lui a permis de prendre le contrôle d'al-Moukalla et de ses ressources financières, surtout les revenus provenant de l'exportation de pétrole », a-t-il expliqué.

La perte de ces sources de revenus a été un « revers majeur pour al-Qaïda, et lui fera perdre beaucoup d'autres éléments à cause du manque d'argent, qui était un facteur pour les attirer », a déclaré Haïdan.

Ceci aura également un effet négatif sur l'influence du groupe dans d'autres zones, comme le prouve son expulsion d'Abyan, qui montre l'état de faiblesse dans lequel il se retrouve, a-t-il poursuivi.

La forte rivalité entre al-Qaïda et « l'État islamique en Irak et au Levant » (EIIL) affaiblit également les deux groupes .

« Al-Qaïda est confronté à plusieurs variables sur le terrain, localement comme régionalement, qui ont mené à la faiblesse dans ses rangs et ont conduit au retrait des éléments du groupe des villes qu'il avait dominé pendant des années », a expliqué à Al-Mashareq Tariq al-Zouraïqi, analyste politique.

Le groupe n'abandonne pas facilement les zones qu'il contrôle, mais face à l'offensive menée par les forces yéménites et de la coalition, il a été contraint de se retirer d'al-Moukalla, a-t-il déclaré.

« Al-Qaïda a également déserté en août la ville d'Azzan, dans la province de Chabwa, et plus tard dans le même mois, l'armée et la coalition ont repris des villes importantes de la province d'Abyan sans réels combats », a-t-il ajouté.

Ceci contraste radicalement avec 2012, lorsque l'armée avait repris le contrôle des villes d'Abyan après de difficiles affrontements, a déclaré al-Zouraïqi.

Cela prouve que le groupe est actuellement en phase de déclin, a-t-il affirmé, appelant l'armée à ne donner à al-Qaïda aucune opportunité de se regrouper.

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